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	<title>Philosophie</title>
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	<description>Ce site est consacr&#233; &#224; l'enseignement de la philosophie dans l'Acad&#233;mie de Normandie.</description>
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		<title>Le mythe du P&#232;re No&#235;l selon L&#233;vi-Strauss</title>
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		<dc:date>2023-12-20T09:46:07Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Blondeau</dc:creator>


		<dc:subject>Religion</dc:subject>
		<dc:subject>Les pouvoirs de la parole</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pr&#233;sentation de l'article de Claude L&#233;vi-Strauss, Le P&#232;re No&#235;l supplici&#233;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;Les pouvoirs de la parole&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le supplice du P&#232;re No&#235;l en 1951&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;No&#235;l est-elle une f&#234;te exclusivement chr&#233;tienne, celle de la Nativit&#233; ? Est-elle une op&#233;ration commerciale import&#233;e des &#201;tats-Unis ? Un moyen de contr&#244;le sur les enfants pour qu'ils soient sages et ob&#233;issants ? Ou bien No&#235;l est-elle la r&#233;surgence de mythes anciens sous une forme moderne, voire une nouvelle religiosit&#233; qui berce les adultes eux-m&#234;mes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ces questions auxquelles r&#233;pond l'anthropologue Claude L&#233;vi-Strauss dans un article magistral et d'une belle &#233;criture, paru dans le n&#176;77 des &lt;i&gt;Temps modernes&lt;/i&gt; en 1952, &lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/levi_strauss_claude/pere_noel_supplicie/pere_noel_supplicie_texte.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Le P&#232;re No&#235;l supplici&#233; &#187;&lt;/a&gt;. Ce texte est une le&#231;on d'anthropologie appliqu&#233;e &#224; l'espace et au temps les plus proches de L&#233;vi-Strauss, la France de la fin de 1951&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'article a &#233;galement &#233;t&#233; &#233;dit&#233; au format livre : Claude L&#233;vi-Strauss, Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de d&#233;part de L&#233;vi-Strauss est un fait presque divers qui pourrait &#233;tonner la lectrice ou le lecteur de 2023 : des eccl&#233;siastiques ont fait pendre et br&#251;ler le P&#232;re No&#235;l en effigie, le dimanche 23 d&#233;cembre 1951 vers 15h, devant le parvis de la cath&#233;drale de Dijon, en pr&#233;sence de centaines d'enfants. Cette information se trouve dans &lt;i&gt;France Soir&lt;/i&gt; du 24 d&#233;cembre 1951, comment&#233; par L&#233;vi-Strauss. Le fait montre une certaine fracture entre des autorit&#233;s chr&#233;tiennes qui veulent conserver No&#235;l comme une f&#234;te de la naissance de J&#233;sus-Christ, et des anticl&#233;ricaux qui en profitent pour se ranger du c&#244;t&#233; du P&#232;re No&#235;l. La question ne fait cependant pas l'unanimit&#233; au sein de l'&#201;glise elle-m&#234;me. L&#233;vi-Strauss se demande si les eccl&#233;siastiques ont raison de voir dans le P&#232;re No&#235;l un nouvel avatar du paganisme.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Analogies entre le P&#232;re No&#235;l et d'autres mythes&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'anthropologue, fid&#232;le &#224; sa m&#233;thode structurale, parvient &#224; trouver des analogies entre le P&#232;re No&#235;l et beaucoup d'autres mythes, par exemple les &#171; &lt;i&gt;katchina&lt;/i&gt; des Indiens du Sud-Ouest des &#201;tats-Unis &#187;. Ces derniers ont coutume de porter des masques pour se faire passer pour les esprits des anc&#234;tres aupr&#232;s des enfants.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ces personnages costum&#233;s et masqu&#233;s incarnent des dieux et des anc&#234;tres ; ils reviennent p&#233;riodiquement visiter leur village pour y danser, et pour punir ou r&#233;compenser les enfants, car on s'arrange pour que ceux-ci ne reconnaissent pas leurs parents ou familiers sous le d&#233;guisement traditionnel.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;vi-Strauss rappelle aussi que le P&#232;re No&#235;l a des points communs majeurs avec Saint Nicolas, ce qui est bien connu, et qu'il est en quelque sorte l'envers du P&#232;re Fouettard. Il &#233;crit &#233;galement :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;[qu']il est g&#233;n&#233;ralement admis par les historiens des religions et par les folkloristes que l'origine lointaine du P&#232;re No&#235;l se trouve dans cet Abb&#233; de Liesse, Abbas Stultorum, Abb&#233; de la Malgouvern&#233; qui traduit exactement l'anglais Lord of Misrule, tous personnages qui sont, pour une dur&#233;e d&#233;termin&#233;e, rois de No&#235;l et en qui on reconna&#238;t les h&#233;ritiers du roi des Saturnales de l'&#233;poque romaine.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de civilisations, anciennes et modernes, ont des rites et mythes similaires, concernant des personnages qui reviennent chaque ann&#233;e vers le mois de d&#233;cembre et qui sont associ&#233;s aux morts et/ou aux enfants, les cat&#233;gories de personnes &#171; autres &#187;, en dehors du monde social habituel. L'auteur fait d'ailleurs un rapprochement tr&#232;s int&#233;ressant entre Halloween et No&#235;l. Lors de la f&#234;te d'Halloween, les enfants jouent les morts et pers&#233;cutent les adultes en &#233;change de cadeaux. C'est le d&#233;but de la &lt;strong&gt;dialectique de l'automne&lt;/strong&gt;, qui s'ach&#232;ve par les cadeaux des adultes aux enfants en toute &#171; g&#233;n&#233;rosit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le progr&#232;s de l'automne, depuis son d&#233;but jusqu'au solstice qui marque le sauvetage de la lumi&#232;re et de la vie, s'accompagne donc, sur le plan rituel, d'une d&#233;marche dialectique dont les principales &#233;tapes sont : le retour des morts, leur conduite mena&#231;ante et pers&#233;cutrice, l'&#233;tablissement d'un modus vivendi avec les vivants fait d'un &#233;change de services et de pr&#233;sents, enfin le triomphe de la vie quand, &#224; la No&#235;l, les morts combl&#233;s de cadeaux quittent les vivants pour les laisser en paix jusqu'au prochain automne.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le mois de d&#233;cembre est tr&#232;s souvent associ&#233; &#224; une forme de libert&#233;, de renversement temporaire des r&#244;les sociaux, ce qui permet de faire un lien entre No&#235;l et les Saturnales romaines. L&#233;vi-Strauss cite la belle expression du po&#232;te latin Horace, la &lt;i&gt;libertas decembris&lt;/i&gt;. Dans la &lt;a href=&#034;https://www.espace-horace.org/trad/patin/satires2.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;traduction d'Henri Patin&lt;/a&gt;, Horace &#233;crit le dialogue suivant :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;DAVE. Je suis l&#224;, depuis longtemps, guettant l'occasion : j'aurais &#224; te dire quelques mots ; mais je ne suis qu'un esclave, je n'ose.&lt;br class='autobr' /&gt;
HORACE. C'est toi, Dave ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DAVE. Oui, Dave, un serviteur attach&#233; &#224; son ma&#238;tre, et honn&#234;te, juste ce qu'il faut ; c'est-&#224;-dire qu'on peut &#234;tre sans inqui&#233;tude pour sa vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
HORACE. C'est bien ; tu peux user, ainsi l'ont voulu nos p&#232;res, des &lt;strong&gt;franchises de d&#233;cembre&lt;/strong&gt;. Je t'&#233;coute.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Horace, Satires, livre II, VII.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Typologie religieuse du P&#232;re No&#235;l&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En classe, je fais &#233;tudier aux &#233;l&#232;ves deux passages de l'article de L&#233;vi-Strauss, celui o&#249; le P&#232;re No&#235;l est class&#233; dans la typologie religieuse, et celui o&#249; les aspects religieux du P&#232;re No&#235;l chez les adultes sont mentionn&#233;s. Le P&#232;re No&#235;l &lt;strong&gt;n'est pas un &#234;tre mythique&lt;/strong&gt;, &#233;crit l'anthropologue, car &#171; il n'y a pas de mythe qui rende compte de son origine et de ses fonctions &#187;. &#201;videmment, depuis 1952, de nombreux contes et films ont tent&#233; de rendre compte de l'origine du P&#232;re No&#235;l et de ses fonctions, comme &lt;i&gt;Les Cinq l&#233;gendes&lt;/i&gt; de Peter Ramsey (2012). Mais au d&#233;part, il n'y a rien qui explique d'o&#249; vient le P&#232;re No&#235;l ni pourquoi il est le roi de l'hiver qui distribue des r&#233;compenses. Ensuite, le P&#232;re No&#235;l &lt;strong&gt;n'est pas une l&#233;gende&lt;/strong&gt;, &#171; puisqu'aucun r&#233;cit semi-historique ne lui est attach&#233; &#187;. Le personnage ne r&#233;sulte pas de l'ajout d'exploits plus ou moins miraculeux &#224; une personne dont l'existence est historiquement attest&#233;e. Il reste la &lt;strong&gt;cat&#233;gorie des divinit&#233;s&lt;/strong&gt; : le P&#232;re No&#235;l est un &#171; &#234;tre surnaturel et immuable, &#233;ternellement fix&#233; dans sa forme et d&#233;fini par une fonction exclusive et un retour p&#233;riodique &#187;. Les enfants lui vouent un culte, en lui envoyant des lettres avec des pri&#232;res, et le P&#232;re No&#235;l exerce la fonction classique de la justice divine, celle qui r&#233;compense sans erreur les bons et punit les m&#233;chants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, L&#233;vi-Strauss souligne l'insuffisance des explications utilitaires du r&#244;le social et culturel du P&#232;re No&#235;l. Le fait que des soldats am&#233;ricains aient popularis&#233; la f&#234;te apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale, le fait que le mensonge des adultes serve &#224; rendre les enfants dociles, le fait que les papetiers veulent vendre plus d'emballages cadeaux, ne permettent pas de comprendre &#224; eux seuls le succ&#232;s de ce nouveau rite. Ce rite est class&#233; d'ailleurs parmi les rites de passage, puisque la croyance au P&#232;re No&#235;l distingue nettement deux classes d'&#226;ges, les enfants et les adultes. Mais les adultes, m&#234;me s'ils ne croient pas litt&#233;ralement au P&#232;re No&#235;l, ont besoin de lui :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Interrogeons-nous sur le soin tendre que nous prenons du P&#232;re No&#235;l ; sur les pr&#233;cautions et les sacrifices que nous consentons pour maintenir son prestige intact aupr&#232;s des enfants. N'est-ce pas qu'&lt;strong&gt;au fond de nous veille toujours le d&#233;sir de croire&lt;/strong&gt;, aussi peu que ce soit, en une &lt;strong&gt;g&#233;n&#233;rosit&#233; sans contr&#244;le, une gentillesse sans arri&#232;re-pens&#233;e&lt;/strong&gt; ; en un bref intervalle durant lequel sont suspendus toute crainte, toute envie et toute amertume ? Sans doute ne pouvons-nous partager pleinement l'illusion ; mais ce qui justifie nos efforts, c'est qu'entretenue chez d'autres, elle nous procure au moins l'occasion de &lt;strong&gt;nous r&#233;chauffer &#224; la flamme allum&#233;e dans ces jeunes &#226;mes&lt;/strong&gt;. La croyance o&#249; nous gardons nos enfants que leurs jouets viennent de l'au-del&#224; apporte un alibi au secret mouvement qui nous incite, en fait, &#224; les offrir &#224; l'au-del&#224; sous pr&#233;texte de les donner aux enfants. Par ce moyen, les cadeaux de No&#235;l restent un sacrifice v&#233;ritable &#224; la douceur de vivre, laquelle consiste d'abord &#224; ne pas mourir.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;No&#235;l est l'occasion de croire temporairement qu'il existe dans ce monde de la bont&#233; et de l'espoir. D'o&#249; la surabondance et la cyclicit&#233; des fameuses com&#233;dies de No&#235;l qui repassent &#224; la t&#233;l&#233;vision chaque ann&#233;e, avec une &lt;i&gt;happy end&lt;/i&gt; syst&#233;matique. No&#235;l a un aspect fondamentalement religieux pour L&#233;vi-Strauss, et sur ce point les eccl&#233;siastiques ont donc raison. Mais pour L&#233;vi-Strauss, non seulement les individus ont le droit d'&#234;tre pa&#239;ens, mais de plus les eccl&#233;siastiques de 1951 ont eux-m&#234;mes mis la derni&#232;re main &#224; la dimension pa&#239;enne du P&#232;re No&#235;l en le br&#251;lant symboliquement. En effet :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Frazer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;James Georges Frazer, anthropologue &#233;cossais (1854-1941), auteur du Rameau d'or.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a jadis montr&#233; que le roi des Saturnales est lui-m&#234;me l'h&#233;ritier d'un prototype plus ancien qui, apr&#232;s avoir personnifi&#233; le roi Saturne et s'&#234;tre, pendant un mois, permis tous les exc&#232;s, &#233;tait solennellement sacrifi&#233; sur l'autel du Dieu. Gr&#226;ce &#224; l'autodaf&#233; de Dijon, voici donc le h&#233;ros reconstitu&#233; avec tous ses caract&#232;res, et ce n'est pas le moindre paradoxe de cette singuli&#232;re affaire qu'en voulant mettre fin au P&#232;re No&#235;l, les eccl&#233;siastiques dijonnais n'aient fait que restaurer dans sa pl&#233;nitude, apr&#232;s une &#233;clipse de quelques mill&#233;naires, une figure rituelle dont ils se sont ainsi charg&#233;s, sous pr&#233;texte de la d&#233;truire, de prouver eux-m&#234;mes la p&#233;rennit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class='spip_document_946 spip_document spip_documents spip_document_file spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;165&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://philosophie.ac-normandie.fr/IMG/odt/levistrauss-noel.odt' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='OpenDocument Text - 21.9 kio' type=&#034;application/vnd.oasis.opendocument.text&#034;&gt;&lt;img src='https://philosophie.ac-normandie.fr/local/cache-vignettes/L64xH64/odt-251e4.svg?1779461500' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-946 '&gt;&lt;strong&gt;Le P&#232;re No&#235;l par L&#233;vi-Strauss
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-946 '&gt;Textes qui peuvent &#234;tre &#233;tudi&#233;s en classe, dans un cours sur la religion en Terminale ou sur les s&#233;ductions de la parole en Premi&#232;re.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'article a &#233;galement &#233;t&#233; &#233;dit&#233; au format livre : Claude L&#233;vi-Strauss, &lt;i&gt;Le P&#232;re No&#235;l supplici&#233;&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 2016, avant-propos de Maurice Olender.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Horace, &lt;i&gt;Satires&lt;/i&gt;, livre II, VII.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;James Georges Frazer, anthropologue &#233;cossais (1854-1941), auteur du &lt;i&gt;Rameau d'or&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Strawson &amp; Evans 1972 Langage et cr&#233;ativit&#233;</title>
		<link>https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?article598</link>
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		<dc:date>2022-12-27T21:29:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Louis Rouill&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>V&#233;rit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Langage</dc:subject>
		<dc:subject>Raison</dc:subject>
		<dc:subject>Les pouvoirs de la parole</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Une conversation entre Peter Strawson et Gareth Evans, deux philosophes du langage ordinaire (vostfr).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?rubrique67" rel="directory"&gt;Fiches de lecture&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?mot26" rel="tag"&gt;V&#233;rit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;Langage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?mot37" rel="tag"&gt;Raison&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;Les pouvoirs de la parole&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Savez-vous ce que c'est que &#171; la philosophie du langage ordinaire &#187; ? ou encore la fameuse &#171; &#233;cole d'Oxford &#187; ? Si non, &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Philosophie_du_langage_ordinaire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;renseignez-vous&lt;/a&gt;, vous &#234;tes profs de philo, non ?!&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la d&#233;charge des ignorants (que nous sommes toutes et tous d'apr&#232;s les sages sceptiques et les sceptiques sages), non seulement l'histoire de la philosophie du XXe si&#232;cle n'a pas encore &#233;t&#233; &#233;crite, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; l'histoire de la philosophie analytique, mais en outre la plupart des repr&#233;sentants de cette fameuse &#233;cole d'Oxford n'ont jamais acc&#233;d&#233; &#224; la liste Nationale des auteurs au programme. Je dis &#171; la plupart &#187;, car Wittgenstein fait partie des auteurs au programme. Et donc le &#171; second Wittgenstein &#187; aussi (certains pr&#233;f&#233;reront dire &#171; surtout &#187;). Ce &#171; second Wittgenstein &#187; est une source d'inspiration tr&#232;s notable de l'&#233;cole d'Oxford et du d&#233;veloppement de la philosophie du langage ordinaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Louons donc les lobbyistes wittgensteiniens qui ont &#339;uvr&#233; dans les couloirs minist&#233;riels pour que Ludwig soit int&#233;gr&#233; &#224; la liste Nationale. Mettons ensuite sous ce nom toute la &#171; philosophie du langage ordinaire &#187; p&#234;le-m&#234;le, afin d'appr&#233;cier cette belle conversation et de faire ce qui nous chante. Ce faisant, nous respecterons &#224; la lettre l'esprit du programme qui n'est que &#171; libert&#233; p&#233;dagogique &#187;, comme chacun sait. Enfin, arr&#234;tons-nous sur une id&#233;e qui pourrait faire son chemin : penser l'histoire de la philosophie comme une s&#233;rie d'&#233;coles dont les champions ne sont que la partie &#233;merg&#233;e de l'iceberg philosophique ; penser ces &#233;coles comme des gros m&#233;langes m&#233;thodo-conceptuels avec une origine plus ou moins mythique, plus ou moins contingente. Il ne faut pas avoir peur des m&#233;langes : c'est la base de la cuisine ! C'est juste une id&#233;e pour remplacer le couple notion-auteur. Juste une id&#233;e, pour &#233;picer vos cours...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Peter_Frederick_Strawson&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Peter Strawson&lt;/a&gt; est l'un des plus grands philosophes du langage et m&#233;taphysiciens de la deuxi&#232;me moiti&#233; du XXe si&#232;cle.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1985, Strawson est invit&#233; par Jules Vuillemin pour une s&#233;rie de le&#231;ons (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il s'est d'abord fait conna&#238;tre en ferraillant avec Russell (et par ricochet Frege) sur la question de l'analyse des descriptions d&#233;finies : les phrases du type &#171; la/le X est Y &#187;. Les descriptions d&#233;finies &#233;taient, il faut bien l'admettre, le &#171; hot topic &#187; des d&#233;buts de la philosophie analytique, et la th&#233;orie des descriptions d&#233;finies de Russell reste l'exemple paradigmatique incontest&#233; de ce qu'est une &lt;i&gt;th&#233;orie&lt;/i&gt; en philosophie. La th&#233;orie des descriptions d&#233;finie est, en g&#233;n&#233;ral, le bouquet final d'un cours d'intro &#224; la logique. Elle est, pour toujours, la preuve d&#233;finitive que la &#171; logique profonde &#187; ne co&#239;ncide pas avec la &#171; grammaire superficielle &#187; : aux philosophes les profondeurs, et laissons la surface aux philologues. Bref, les enjeux th&#233;oriques d&#233;rivant de l'analyse du d&#233;terminant d&#233;fini peuvent difficilement &#234;tre exag&#233;r&#233;s. Dans son &lt;i&gt;Introduction &#224; la philosophie math&#233;matique&lt;/i&gt; (ch. 16), &#233;crit en prison, Russell commentait ainsi ironiquement son choix de consacrer deux chapitres (sur 18) &#224; l'analyse du mot &#171; the &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;On dira sans doute que c'est un peu excessif de consacrer deux chapitres &#224; un seul mot, mais pour le math&#233;maticien philosophe, c'est un mot tr&#232;s important : comme le Grammairien de Browning &#224; propos de l'enclitique &#171; &#948;&#949; &#187;, je d&#233;livrerais encore cette m&#234;me le&#231;on si &#171; la mort m'avait d&#233;j&#224; &#224; moiti&#233; emport&#233; &#187; et pas seulement si j'&#233;tais en prison.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est une blague &#233;rudite qui fait r&#233;f&#233;rence &#224; un po&#232;me de Robert Browning (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;S'attaquer frontalement &#224; Russell sur la th&#233;orie des descriptions d&#233;finies, c'est assurer son entr&#233;e en fanfare dans l'ar&#232;ne philosophique. Russell avait &#233;crit &#171; &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/On_Denoting&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;On Denoting&lt;/a&gt; &#187; (qui est l'article philosophique le plus cit&#233; du XXe si&#232;cle) ; Strawson r&#233;pond &#171; &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/On_Referring&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;On Referring&lt;/a&gt; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si je vous dis : &#171; L'actuel Roi de France est chauve &#187;, quelle est votre intuition ? Russell disait que toute description est soit vraie, soit fausse et, par cons&#233;quent, que cette phrase est fausse, fausse, archi-fausse ; Strawson r&#233;pond qu'une description sans objet n'a pas de valeur de v&#233;rit&#233; et, par cons&#233;quent, que cette phrase est, en un sens bien pr&#233;cis, d&#233;fectueuse. L'histoire retient g&#233;n&#233;ralement que c'est Strawson qui l'emporte sur Russell ici. La controverse philosophique est tr&#232;s subtile. Les d&#233;tails techniques sont fascinants.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il suffira de lire ces courts articles pour saisir les enjeux. Fran&#231;ois (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Gareth_Evans_(philosopher)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gareth Evans&lt;/a&gt; est une des &#233;toiles filantes de la g&#233;n&#233;ration suivante. Ses contributions en philosophie du langage et de l'esprit furent impressionnantes et toute la communaut&#233; philosophique analytique dans les ann&#233;es 1970 s'accordait pour le consid&#233;rer comme le meilleur de sa g&#233;n&#233;ration. Mais en 1980, il meurt soudainement d'un cancer &#224; l'&#226;ge de 34 ans. L'&#233;motion fut naturellement tr&#232;s vive.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la notice n&#233;crologique de John McDowell.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Son &lt;i&gt;opus magnum&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;The Varieties of Reference&lt;/i&gt; est publi&#233; &#224; titre posthume en 1982 et constitue une &#339;uvre majeure dans la litt&#233;rature sp&#233;cialis&#233;e. Il aura publi&#233; par ailleurs de son vivant de nombreux articles assez pointus sur toute une s&#233;rie de probl&#232;mes de philosophie du langage et de l'esprit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Evans &#233;tait l'&#233;l&#232;ve brillant de Strawson. Pas son disciple car, comme il le dit en passant dans la vid&#233;o ci-dessous, il n'a pas suivi les doctrines de Strawson et s'y est plut&#244;t oppos&#233;. Ce qui est tr&#232;s touchant, et tr&#232;s visible dans ce petit film, c'est l'intimit&#233; entre les deux philosophes. Non seulement ce sont deux philosophes qui discutent de philosophie, avec la m&#234;me m&#233;thode, et partageant leurs r&#233;f&#233;rences et lectures, mais on voit surtout le plaisir qu'ils prennent &#224; cette discussion. &lt;br class='autobr' /&gt;
Deux choses que je voudrais que l'on retienne de cette relation tr&#232;s touchante : d'abord, c'est le rire r&#233;el et sinc&#232;re qui &#233;clate &#224; plusieurs endroits dans la discussion. Car, si ce n'est pas le but de la philosophie que de faire rire son interlocuteur, l'humour n'est nullement contre-productif et il fait sans aucun doute partie du plaisir profond que procure la philosophie, peut-&#234;tre m&#234;me y a-t-il un humour essentiel &#224; toute r&#233;flexion philosophique...&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite, dans les derni&#232;res secondes de ce film, il y a cet &#233;change entre les deux philosophes, un peu factice, en promenade, sur la lecture d'Austin, qui est l'un des p&#232;res fondateurs de la philosophie du langage ordinaire. Discuter d'une note de bas de page de mani&#232;re informelle. Parler avec un peu de mauvaise foi des g&#233;ants de la g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dente comme si on &#233;tait &#224; leur taille. Mettre finalement l'oral et l'&#233;crit, la conversation et la lecture sur le m&#234;me plan pour donner une image fid&#232;le de la vie int&#233;rieure occup&#233;e &#224; la r&#233;flexion philosophique. On lit pour &#233;crire, on &#233;crit pour lire, et tout &#231;a en bavardant sans cesse. D'une certaine mani&#232;re, il faut bien que toutes ces grandes id&#233;es tiennent dans l'espace d'une petite t&#234;te. &#199;a me semble salutaire de le rappeler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si seulement les &#233;l&#232;ves de terminale pouvaient ne retenir que cela de leur classe de philosophie, ma foi, je pense que l'on pourrait retrouver une utilit&#233; sociale &#224; notre m&#233;tier. M&#234;me s'ils et elles ne rient pas de bon c&#339;ur ou ne comprennent pas pr&#233;cis&#233;ment l'humour philosophique qu'ils et elles aper&#231;oivent ; m&#234;me s'ils et elles n'aiment pas beaucoup lire, ni &#233;crire, ni bavarder dans leur temps libre. Au moins, qu'ils et elles apprennent &#224; associer au mot &#171; philosophie &#187; un &#233;clat de rire et la r&#233;flexion active derri&#232;re la lecture. Plut&#244;t que le &#171; s&#233;rieux &#187; et l'objet livre !&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe src=&#034;https://podeduc.apps.education.fr/video/60034-strawson-and-evans-on-language-and-creativity/?is_iframe=true&#034; width=&#034;640&#034; height=&#034;360&#034; style=&#034;padding: 0; margin: 0; border:0&#034; allowfullscreen title=&#034;Strawson and Evans on Language and Creativity&#034; &gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NB&lt;/strong&gt; : Les sous-titres sont &#233;crits par votre serviteur. Merci de me signaler toute faute d'orthographe, de traduction, coquille, ou autre erreur de minutage. &#199;a peut arriver : je corrigerai.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;La th&#233;orie linguistique que Strawson critique est celle propos&#233;e et ardemment d&#233;fendue par Chomsky. Pour s'introduire (et introduire ses &#233;l&#232;ves) &#224; la &#171; grammaire g&#233;n&#233;rative &#187;, je conseille tr&#232;s fortement le documentaire de Michel Gondry &lt;i&gt;Is the man who is tall happy ?&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On le trouve ais&#233;ment en vostfr. Si vous avez des difficult&#233;s &#224; le trouver, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour aller un petit peu plus loin que Wikipedia sur l'histoire de la philosophie du XXe si&#232;cle, on pourra appr&#233;cier le r&#233;cit historico-conceptuel que propose Fran&#231;ois R&#233;canati dans sa &lt;a href=&#034;https://www.college-de-france.fr/agenda/lecon-inaugurale/philosophie-du-langage-et-de-esprit/philosophie-du-langage-et-de-esprit&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le&#231;on inaugurale&lt;/a&gt; et ce qu'il dit de l'importance historique de cette &#171; deuxi&#232;me vague &#187; du tournant linguistique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par ailleurs, cette conversation est l'un des 6 &#233;pisodes (&#224; vis&#233;e historique) d'une s&#233;rie r&#233;alis&#233;e par Michael Chanan consacr&#233;e &#224; l'&#233;cole d'Oxford intitul&#233;e &#171; &lt;a href=&#034;https://www.mchanan.com/video/logic-lane/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Logic Lane&lt;/a&gt; &#187;. C'est tr&#232;s bon. Mais c'est en anglais. Il faut donc sous-titrer le reste : ceci est un appel !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En 1985, Strawson est invit&#233; par Jules Vuillemin pour une s&#233;rie de le&#231;ons donn&#233;es au coll&#232;ge de France. Ces le&#231;ons furent publi&#233;es sous le titre &lt;i&gt;Analyse et M&#233;taphysique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est une blague &#233;rudite qui fait r&#233;f&#233;rence &#224; un po&#232;me de &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Browning&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Robert Browning&lt;/a&gt; intitul&#233; &lt;i&gt;A Grammarian's Funeral&lt;/i&gt;, dans une envol&#233;e duquel le professeur de grec ancien continue &#224; professer &#171; dead from the waist down &#187;. Comme Socrate buvant la cigu&#235;. Le po&#232;me en langue originale se trouve &lt;a href=&#034;https://www.poetryfoundation.org/poems/43757/a-grammarians-funeral&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il suffira de lire ces courts articles pour saisir les enjeux. Fran&#231;ois R&#233;canati a fait un commentaire assez pr&#233;cis de cette controverse dans ses premiers cours au coll&#232;ge de France. En particulier les deux cours intitul&#233;s &#171; &lt;a href=&#034;https://www.college-de-france.fr/agenda/cours/dossiers-mentaux/la-theorie-fido-fido-et-les-representations-sans-objet-1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La th&#233;orie &#171; Fido &#187;-Fido et les repr&#233;sentations sans objet&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir la &lt;a href=&#034;https://web.archive.org/web/20211023130256/https://www.oxforddnb.com/view/10.1093/ref:odnb/9780198614128.001.0001/odnb-9780198614128-e-65647&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;notice n&#233;crologique&lt;/a&gt; de John McDowell.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On le trouve ais&#233;ment en vostfr. Si vous avez des difficult&#233;s &#224; le trouver, n'h&#233;sitez pas &#224; demander.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pourquoi publier &#171; La Guerre des programmes &#187; de Serge Cosp&#233;rec ?</title>
		<link>https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?article602</link>
		<guid isPermaLink="true">https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?article602</guid>
		<dc:date>2022-07-04T14:19:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Cossuta</dc:creator>


		<dc:subject>P&#233;dagogie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le mot du directeur de la collection Didac-philo Fr&#233;d&#233;ric Cossutta sur le contenu du livre et l'esprit de cette publication.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?rubrique67" rel="directory"&gt;Fiches de lecture&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?mot43" rel="tag"&gt;P&#233;dagogie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lorsque j&#8216;ai re&#231;u la proposition d'&#233;diter le livre de Serge Cosp&#233;rec pour la collection Didac-philo, je n'ai pas h&#233;sit&#233; un instant &#224; l'accueillir, et cela pour plusieurs raisons que je crois &#234;tre de tr&#232;s bonnes raisons dont j'expose ici les deux principales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Permettez-moi d'&#233;voquer en premier lieu une raison personnelle car, ayant &#233;t&#233; professeur dans le secondaire pendant les ann&#233;es 70-2000, j'avais n&#233;cessairement suivi et parfois subi les diff&#233;rentes r&#233;formes en me demandant toujours pourquoi la sempiternelle question du programme de la classe de philosophie cristallisait ainsi tous les d&#233;bats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pris dans les urgences de la conduite de mes classes, je ne comprenais pas toujours quels &#233;taient les enjeux qui divisaient la profession, m&#234;me s'il &#233;tait clair que la fa&#231;on de l'enseigner condensait des questions li&#233;es au statut de la philosophie et ses finalit&#233;s au sein de la vie d&#233;mocratique dans la cit&#233;. Or, ce livre de Serge Cosp&#233;rec, certes avec sa dimension pol&#233;mique et engag&#233;e, donne une vue d'ensemble, analyse en profondeur les diff&#233;rentes &#233;tapes avec les moments de crise qui ont travers&#233; cette p&#233;riode. Il met en perspective avec pr&#233;cision les textes, les d&#233;crets et les lois, les acteurs et leurs actions. Il les expose dans une d&#233;marche de chronique historique tr&#232;s d&#233;taill&#233;e, offrant parfois des vues saisissantes sur les coulisses et les tractations souterraines, proposant des documents in&#233;dits ou inconnus, en reconstruisant la trame donnant sens aux diff&#233;rents &#233;pisodes qui, sans un &#233;clairage d'ensemble, para&#238;traient chaotiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serge Cosp&#233;rec met en sc&#232;ne les ressorts dramatiques de cette saga au tempo &#233;pique dans une s&#233;rie de s&#233;quences organis&#233;e, non comme des chapitres, mais comme les dix &#171; Actes &#187; de la &#171; pi&#232;ce &#187; qu'il met en sc&#232;ne. S'agit-il d'une com&#233;die ? On pourrait le croire, tellement le vaudeville semble y jouer sa part. Ou plut&#244;t est-ce une trag&#233;die, comme semble en prendre acte la fin tragique stipul&#233;e par le titre du dernier Acte : &#171; La fin de la classe de philosophie &#187; ? Mais la fin de la classe de philosophie n'est pas la fin de l'enseignement de la philosophie et la conclusion donne quelques pistes et motifs d'espoir (&lt;i&gt;&#171; Quel avenir pour la philosophie au Lyc&#233;e &#187;&lt;/i&gt;, p. 240).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment se d&#233;ploient les p&#233;rip&#233;ties de cette &#171; guerre &#187; ? Le livre commence d'abord en t&#233;moignant d'une p&#233;riode d'innovations et d'espoirs (avec la cr&#233;ation du GREPH jusqu'au colloque de S&#232;vres ; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Acte I : 1975-1984&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, puis autour de la commission Derrida-Bouveresse &lt;strong&gt; &lt;i&gt;1989-1990, Acte II&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;. Il d&#233;roule ensuite la s&#233;rie des r&#233;formes conduites par les diff&#233;rents GTD qui proposent &#224; chaque fois des d&#233;placements ou des r&#233;organisations dans la grille des programmes. Ils pourraient, de l'ext&#233;rieur, para&#238;tre insignifiants ou d&#233;risoires s'ils ne recouvraient des enjeux p&#233;dagogiques et politiques li&#233;s au sens que l'on veut donner &#224; l'enseignement de la philosophie, le programme de notion concentrant symboliquement tous les d&#233;bats : &lt;strong&gt; &lt;i&gt;GTD Beyssade, 1991-1992 ; Acte III&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt; &lt;i&gt; &lt;i&gt;GTD Dagognet-Lucien 1994-1998 ; Acte IV&lt;/i&gt; &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt; &lt;i&gt;GTD Renaut 1998-2000 ; Acte V&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;. Ce dernier inaugure une longue p&#233;riode de conflit, de controverses et d'actions publiques qui justifient le titre de &#171; Guerre des programmes &#187;, marqu&#233;e d'abord par &lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#171; L'offensive et le coup de force des conservateurs &#187; 2001-2002 ; Actes VI et VII&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, avec l'arriv&#233;e au minist&#232;re de Luc Ferry, jusqu'au projet Fichant-Kambouchner qui tente vainement de r&#233;tablir certains &#233;quilibres &lt;strong&gt; &lt;i&gt;2002-2008 ; Acte VIII&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;. Enfin, certains Inspecteurs G&#233;n&#233;raux (comme Mark Sherringham) font preuve de courage, surtout le Doyen Jean-Louis Poirier qui r&#233;dige un rapport que l'on tenta d'&#233;touffer o&#249; il proposait de recentrer l'enseignement de la philosophie sur sa dimension scolaire. Est-ce un &#171; ultime sursaut &#187; dont t&#233;moigne ce &lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#171; Changement de cap &#224; l'Inspection g&#233;n&#233;rale &#187; 2006-2015 ; Acte IX &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; ? Le dernier acte n'est pas le moins d&#233;solant &lt;strong&gt;Acte X 2017-2020 ; La fin de la &#171; classe de philosophie &#187;&lt;/strong&gt; puisqu'il conjugue une r&#233;forme des Lyc&#233;es qui fait dispara&#238;tre la classe de philosophie en m&#234;me temps qu'une ultime r&#233;forme des programmes qui impose une &#233;ni&#232;me grille des programmes pr&#233;sent&#233;e de fa&#231;on alphab&#233;tique, au grand dam des professeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On le voit, le livre &#233;clairant ainsi r&#233;trospectivement ce que nous avions v&#233;cus en descendant socratiquement dans la caverne de nos classes de terminale tous les matins, comment ne pas donner &#224; leur tour aux jeunes professeurs qui prennent la rel&#232;ve, une vision d'arri&#232;re-plan qui leur permette de mieux comprendre les strates arch&#233;ologiques d'une histoire dans laquelle s'enracine leurs pratiques et leurs interrogations sur les difficult&#233;s de leur enseignement. C'est d'abord &#224; eux qu'est d&#233;di&#233;e cette collection qui a vocation &#224; les aider &#224; agir dans leur quotidien d'enseignants de philosophie mais aussi &#224; inscrire cette activit&#233; dans une r&#233;flexion historique, didactique&#8230;et philosophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est la seconde raison qui a justifi&#233; &#224; mes yeux cette publication : ayant cr&#233;e chez l'&#233;diteur Lambert-Lucas une collection enti&#232;rement d&#233;di&#233;e &#224; l'enseignement de la philosophie, il &#233;tait normal que le livre de Serges Cosp&#233;rec y figur&#226;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Elle a en effet pour vocation de proposer aux &#233;tudiants pr&#233;parant les concours et se pr&#233;parant au m&#233;tier, ainsi qu'aux coll&#232;gues en poste en Lyc&#233;e et &#224; tous ceux qu'int&#233;ressent les questions d'enseignement, des ouvrages de r&#233;f&#233;rence offrant une ressource utile. Ils portent aussi bien sur les aspects historiques, institutionnels de notre profession, comme cet ouvrage ou celui &#224; para&#238;tre de Bruno Poucet sur la dissertation (La dissertation de philosophie. Histoire et enjeux) que sur la question th&#233;orique et pratique du statut m&#234;me d'une didactique de la philosophie, comme en t&#233;moignent, entre autres, celui de Patricia Verdeau, (&lt;i&gt;Approche philosophique d'une didactique de la philosophie&lt;/i&gt;) ou de Jean-Louis Lahner (&#224; para&#238;tre : &lt;i&gt;Pour une critique de la raison didactique. Didactisation des disciplines et enseignement de la philosophie&lt;/i&gt;). Par ailleurs d'autres volumes portent sur des angles d'approche qui se r&#233;f&#232;rent plus sp&#233;cifiquement &#224; la classe et &#224; nos fa&#231;ons d'enseigner, comme par exemple le collectif coordonn&#233; par Michel Tozzi (&lt;i&gt;Perspectives didactiques en philosophie&lt;/i&gt;) ou le livre de Fr&#233;d&#233;ric Grolleau (&lt;i&gt;De l'&#233;cran &#224; l'&#233;crit. Enseigner la philosophie par le cin&#233;ma&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; L'effet collection &#187; n'est pas indiff&#233;rent et donne &#224; l'ouvrage de Serge Cosp&#233;rec un compagnonnage contextuel qui lui donne toute sa place, son sens, et son public et il retentit en retour en enrichissant ceux qui l'entourent. D&#232;s sa cr&#233;ation j'ai voulu que cette collection f&#251;t ouverte &#224; la pluralit&#233; des points de vues et des options ou engagements pris sous la responsabilit&#233; de leurs auteurs. Les textes de Serge Cosp&#233;rec figuraient d&#233;j&#224; en ligne, mais les rassembler, leur donner la forme d'un livre, avec la tr&#232;s belle pr&#233;face de Jacques Bouveresse, une bibliographie, des index et un appareil critique tr&#232;s scrupuleux, c'&#233;tait les faire passer du statut militant &#224; celui d'une chronique engag&#233;e mais inform&#233;e et loyale, &#224; m&#234;me de restituer et d'informer. Ce livre d&#233;passe ainsi de beaucoup la simple valeur de t&#233;moignage de la part d'un acteur engag&#233; (Serge Cosp&#233;rec a &#233;t&#233; responsable du groupe philosophie du SNES de 1994 &#224; 2001 et pr&#233;sident de l'Acireph de mars 2002 &#224; mars 2009). L'inscrire dans cette collection est une fa&#231;on d'en modifier l'esprit et la port&#233;e en en faisant un ouvrage de r&#233;f&#233;rence pour tous ceux que cette histoire concerne ou int&#233;resse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Certes le livre comporte une dimension pol&#233;mique et n'a pas manqu&#233; de susciter des critiques et parfois m&#234;me l'&#233;tonnement de la part de certains coll&#232;gues qui ne comprenaient pas que j'ai pu le publier. Je m'honore pourtant de l'avoir fait, car l'engagement dont il t&#233;moigne n'efface pas la loyaut&#233; critique et le scrupule dont son auteur fait preuve, et le fait qu'il figure dans une collection qui donne la parole &#224; toutes les tendances, invite d'&#233;ventuelles prises de parole critiques &#224; son &#233;gard. La collection est donc aussi ouverte &#224; ses d&#233;tracteurs de bonne foi. La pr&#233;sence de cet entretien sur des th&#232;mes amorc&#233;s par le livre de Serge Cosp&#233;rec sur un site acad&#233;mique atteste d'ailleurs de la f&#233;condit&#233; d'un d&#233;bat qui sans occulter la dimension de controverse, en fait valoir la f&#233;condit&#233; par la rigueur et la richesse de la discussion qu'il suscite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sans c&#233;der &#224; l'ir&#233;nisme, je me pr&#233;vaux cependant d'une figure leibnizienne consistant &#224; prendre en consid&#233;ration les positions multiples d'une controverse pour tenter d'en d&#233;m&#234;ler les attendus, sinon de la r&#233;soudre et, ce faisant, je souhaite qu'on voie dans cette publication une contribution invitant &#224; passer de ce qui fut sans doute une &#171; guerre &#187; des programmes au programme d'une fin des guerres au sein de la communaut&#233; enseignante de philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Fr&#233;d&#233;ric Cossuta, le 28 juin 2022&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?article600&#034;&gt;L'&#233;change avec Serge Cosp&#233;rec&lt;/a&gt; est disponible sur le site ainsi que ses &lt;a href=&#034;https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?article606&#034;&gt;notes pr&#233;paratoires&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sa &lt;a href=&#034;https://philosophie.ac-normandie.fr/IMG/pdf/preface_bouveresse.pdf&#034;&gt;pr&#233;face par J Bouveresse&lt;/a&gt; peut &#234;tre consult&#233;e sur le site.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Graham Priest 2022 Explorer les contradictions</title>
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		<dc:date>2022-04-06T22:04:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Louis Rouill&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>V&#233;rit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Langage</dc:subject>
		<dc:subject>Raison</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Traduction fran&#231;aise d'un ensemble d'articles &#233;crits par Graham Priest autour du principe de contradiction.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?rubrique67" rel="directory"&gt;Fiches de lecture&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?mot26" rel="tag"&gt;V&#233;rit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;Langage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?mot37" rel="tag"&gt;Raison&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un fameux paradoxe&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au chapitre LI de la seconde partie de &lt;i&gt;L'Ing&#233;nieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche&lt;/i&gt;, Sancho Panza, alors s&#233;par&#233; de son ma&#238;tre et devenu gouverneur d'une contr&#233;e lointaine, va prouver sa valeur intellectuelle sans pareille en r&#233;solvant l'un des probl&#232;mes logiques les plus ardus qui s'offrent &#224; l'esprit humain. Tout cela se fait naturellement le ventre vide, au grand dam de notre h&#233;ro, et en cela il ressemble &#224; certains de nos &#233;l&#232;ves qui rencontrent parfois les probl&#232;mes existentiels les plus profonds &#224; une heure de grand d&#233;sarroi intestinal :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le jour vint apr&#232;s la nuit de la ronde du gouverneur, nuit que le ma&#238;tre d'h&#244;tel avait pass&#233;e sans dormir, l'esprit tout occup&#233; du visage et des attraits de la jeune fille d&#233;guis&#233;e. Le majordome en employa le reste &#224; &#233;crire &#224; ses ma&#238;tres ce que faisait et disait Sancho Panza, aussi surpris de ses faits que de ses dires, car il entrait dans ses paroles et dans ses actions comme un m&#233;lange d'esprit et de b&#234;tise. Enfin le seigneur gouverneur se leva, et, par ordre du docteur P&#233;dro R&#233;cio, on le fit d&#233;jeuner avec un peu de conserve et quatre gorg&#233;es d'eau froide, chose que Sancho e&#251;t volontiers troqu&#233;e pour un quignon de pain et une grappe de raisin. Mais, voyant qu'il fallait faire de n&#233;cessit&#233; vertu, il en passa par l&#224;, &#224; la grande douleur de son &#226;me et &#224; la grande fatigue de son estomac ; P&#233;dro R&#233;cio lui faisant croire que les mets l&#233;gers et d&#233;licats avivent l'esprit, ce qui convient le mieux aux personnages constitu&#233;s en dignit&#233;s et charg&#233;s de graves emplois, o&#249; il faut faire usage, moins des forces corporelles que de celles de l'intelligence. Avec cette belle argutie, le pauvre Sancho souffrait la faim, et si fort, qu'il maudissait, &#224; part lui, le gouvernement, et m&#234;me celui qui le lui avait donn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, avec sa conserve et sa faim, il se mit &#224; juger ce jour-l&#224; ; et la premi&#232;re chose qui s'offrit, ce fut une question que lui fit un &#233;tranger, en pr&#233;sence du majordome et de ses autres acolytes. Voici ce qu'il exposa : &#171; Seigneur, une large et profonde rivi&#232;re s&#233;parait deux districts d'une m&#234;me seigneurie ; et que votre gr&#226;ce me pr&#234;te attention, car le cas est important et passablement difficile &#224; r&#233;soudre. Je dis donc que sur cette rivi&#232;re &#233;tait un pont, et, au bout de ce pont, une potence, ainsi qu'une esp&#232;ce de salle d'audience o&#249; se tenaient d'ordinaire quatre juges charg&#233;s d'appliquer la loi qu'avait impos&#233;e le seigneur de la rivi&#232;re, du pont et de la seigneurie ; cette loi &#233;tait ainsi con&#231;ue : &#171; Si quelqu'un passe sur ce pont d'une rive &#224; l'autre, il devra d'abord d&#233;clarer par serment o&#249; il va et ce qu'il va faire. S'il dit vrai, qu'on le laisse passer ; s'il ment, qu'il meure pendu &#224; la potence, sans aucune r&#233;mission. &#187; Cette loi connue, ainsi que sa rigoureuse condition, beaucoup de gens passaient n&#233;anmoins, et, &#224; ce qu'ils d&#233;claraient sous serment, on reconnaissait s'ils disaient la v&#233;rit&#233; ; et les juges, dans ce cas, les laissaient passer librement. Or, il arriva qu'un homme auquel on demandait sa d&#233;claration pr&#234;ta serment, et dit : &#171; Par le serment que je viens de faire, je jure que je vais mourir &#224; cette potence, et non &#224; autre chose. &#187; Les juges r&#233;fl&#233;chirent &#224; cette d&#233;claration et se dirent : &#171; Si nous laissons librement passer cet homme, il a menti &#224; son serment, et, selon la loi, il doit mourir ; mais si nous le pendons, il a jur&#233; qu'il allait mourir &#224; cette potence, et, suivant la m&#234;me loi, ayant dit vrai, il doit rester libre. &#187; On demande &#224; votre gr&#226;ce, seigneur gouverneur, ce que feront les juges de cet homme, car ils sont encore &#224; cette heure dans le doute et l'ind&#233;cision. Comme ils ont eu connaissance de la finesse et de l'&#233;l&#233;vation d'entendement que d&#233;ploie votre gr&#226;ce, ils m'ont envoy&#233; supplier de leur part votre gr&#226;ce de donner son avis dans un cas si douteux et si embrouill&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Vous aurez reconnu le fameux &#034;paradoxe du menteur&#034;. Voil&#224; une exposition bien plus ludique que celle qui en est faite d'ordinaire. Et la mani&#232;re dont Sancho parvient &#224; r&#233;soudre le probl&#232;me et finalement &#224; manger est tout aussi croustillante : je vous laisse la trouver dans le texte !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le roman de Cervantes est enti&#232;rement disponible sur Wikisource ici.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Avec ce genre de mise en sc&#232;ne, on fait une s&#233;ance p&#233;dagogique de 2h sans soucis, m&#234;me avec des classes technologiques.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et si l'on voulait une partition compl&#232;te, il suffirait d'aller lire &#034;Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Orthodoxie et h&#233;t&#233;rodoxie logique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Si vous ne savez plus bien ce qu'il faut penser de ce paradoxe r&#233;put&#233; fondamental, je crois que la meilleure exposition de ce qu'il faut savoir sur ce paradoxe a &#233;t&#233; donn&#233;e en f&#233;vrier 2017 par Fr&#233;d&#233;ric Lordon chez Daniel Mermet, la transcription de l'entretien se trouvant &lt;a href=&#034;https://la-bas.org/la-bas-magazine/textes-a-l-appui/frederic-lordon-soutenir-melenchon&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;. L'important, c'est la notion d'auto-r&#233;f&#233;rence, qui ne fait pas bon m&#233;nage avec celle de v&#233;rit&#233;. Comme le dit bien Lordon :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ce type d'&#233;nonc&#233; auto-r&#233;f&#233;rentiel livre des propositions qui sont ind&#233;cidables. On ne peut ni dire si elles sont vraies, ni dire si elles sont fausses (ce qui est emb&#234;tant pour les fact checkers).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quant &#224; l'application de ce paradoxe &#224; la sph&#232;re m&#233;diatique fran&#231;aise en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#199;a, c'est l'orthodoxie logique, qui repose sur le principe de contradiction. L'orthodoxie logique veut en effet exclure du domaine des propositions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une proposition est d&#233;finie en logique comme ce qui peut &#234;tre appel&#233; vrai ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; les &#233;nonc&#233;s auto-r&#233;f&#233;rentiels car ceux-ci, &#224; l'instar du paradoxe du menteur, peuvent g&#233;n&#233;rer des contradictions. Or, le principe de (non)contradiction&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On dit indiff&#233;remment principe de contradiction et principe de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est, justement, un principe : aucune proposition ne peut &#234;tre vraie et ne pas &#234;tre vraie en m&#234;me temps et sous le m&#234;me rapport. Ce vieux principe a &#233;t&#233; formul&#233; assez clairement chez Aristote (&lt;i&gt;M&#233;taphysique&lt;/i&gt;, Gamma), et repris tel quel depuis par &#224; peu pr&#232;s tout le monde. Par cons&#233;quent, ce que dit le menteur n'est, en r&#233;alit&#233;, pas une proposition : c'est un ensemble de bruits articul&#233;s qui ressemblent &#224; une proposition, mais qui n'en sont pas une. Il aurait mieux fait de se taire, celui-l&#224; ! On en finit toujours ainsi avec l'orthodoxie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Graham Priest, lui, ouvre l'h&#233;t&#233;rodoxie logique : il s'agit de remettre en cause le principe de contradiction. La raison principale est que l'on peut alors tenter de r&#233;soudre (et non dissoudre) le probl&#232;me pos&#233; par un paradoxe du menteur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Remettre en cause le principe de (non)contradiction, &#224; l'occasion notamment des &#233;nonc&#233;s autor&#233;f&#233;rentiels comme le paradoxe du menteur, &#231;a consiste &#224; suivre &#224; la lettre le raisonnement paradoxal. &#201;tant donn&#233; ce qu'on sait de notre menteur, on a des bonnes raisons de penser qu'il ment, et autant de bonnes raisons de penser qu'il dit la v&#233;rit&#233;. On a donc des bonnes raisons de penser que la proposition &#233;nonc&#233;e par le menteur est &#224; la fois vraie et fausse, i.e. en m&#234;me temps et sous le m&#234;me rapport. Depuis toujours, suivant l'orthodoxie, on se disait : c'est une contradiction, il doit y avoir une erreur de raisonnement. Depuis Priest, suivant l'h&#233;t&#233;rodoxie, on peut se dire : il n'y a pas d'erreur de raisonnement, c'est donc une contradiction bien particuli&#232;re, &#224; savoir une &#034;contradiction vraie&#034;. Ce genre de contradictions m&#233;rite un nom : ce seront les &#034;dial&#233;th&#233;ias&#034;, n&#233;ologisme donn&#233; par Graham Priest et Richard Sylvan dans les ann&#233;es 1970. La th&#232;se connue sous le nom de &#034;dial&#233;th&#233;isme&#034;, dont Graham Priest est l'un des plus fervents d&#233;fenseurs, consiste &#224; dire qu'il y a des dial&#233;th&#233;ias, et que celles-ci ne doivent pas nous effrayer. Il y a des contradictions vraies, i.e. il y a des &#233;nonc&#233;s tels qu'ils sont vrais et leur n&#233;gation logique l'est aussi. C'est, naturellement, incompatible avec le principe de (non)contradiction.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dire qu'il y a des contradictions vraies n'implique pas que &lt;i&gt;toutes&lt;/i&gt; les contradictions sont vraies. La plupart des contradictions sont fausses, en accord avec le principe de (non)contradiction. Par exemple, si je vous dis que je suis un fils unique et que j'ai une s&#339;ur, c'est certain que je dis une fausset&#233;. Vous le savez sans m&#234;me aller demander &#224; mes parents. Je me suis contredit, et cela suffit g&#233;n&#233;ralement &#224; garantir la fausset&#233; de mon discours. Ce que soutiennent les dial&#233;th&#233;istes, c'est que certaines contradictions sont sp&#233;ciales, comme le paradoxe du menteur. Caract&#233;riser la sp&#233;cificit&#233; de ce genre de contradictions est pr&#233;cis&#233;ment l'un des champs d'&#233;tude de l'h&#233;t&#233;rodoxie logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Graham Priest a occup&#233; une grande partie de sa carri&#232;re &#224; d&#233;velopper les outils logico-math&#233;matiques qui rendent sa th&#232;se sinon souhaitable, du moins compr&#233;hensible en ses plus menus d&#233;tails. Il a ensuite appliqu&#233; ces outils &#224; l'&#233;tude des paradoxes, et &#224; toute une s&#233;rie de probl&#232;mes logiques et m&#233;taphysiques. Il s'est rendu tr&#232;s c&#233;l&#232;bre ce faisant, tant par le contenu de ses travaux que par le calme et la rigueur avec laquelle il a ouvert l'espace h&#233;t&#233;rodoxe dans lequel beaucoup de gens travaillent aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Explorer les contradictions&lt;/i&gt;, publi&#233; chez Hermann &#233;dition cette ann&#233;e, est une traduction d'une s&#233;lection de ses articles les plus connus. Ce petit livre permettra de faire conna&#238;tre et d'introduire son &#339;uvre &#224; un public francophone. C'est fort bienvenu !&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelques suites heureuses pour les profs de philo&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Si l'on s'&#233;carte des travaux purement logiques de Graham Priest, on d&#233;couvrira aussi ses contributions en philosophie bouddhiste, en histoire de la philosophie, et, r&#233;cemment, en philosophie politique. Bien que ces travaux ne soient pas traduits, c'est un mat&#233;riel tr&#232;s, tr&#232;s utile, &#224; faire conna&#238;tre de toute urgence &#224; tous les coll&#232;gues de France et de Navarre. J'en touche deux mots ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; propos de la philosophie bouddhiste, il existe un MOOC de l'universit&#233; d'Edinburgh intitul&#233; &#034;Buddhism and Science with Graham Priest&#034; et &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/playlist?list=PLGE-ZAhxBty6udLVDZl4BGcwjnU_ZwFSd&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;visible en ligne sur youtube&lt;/a&gt;. J'ai traduit l'entretien qui termine ce MOOC et l'ai pr&#233;sent&#233; &lt;a href=&#034;https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?article581&#034;&gt;sur un article de ce site&lt;/a&gt;. On y trouvera des bonnes raisons de s'int&#233;resser &#224; la philosophie bouddhiste, une vision de ce que pourrait &#234;tre une philosophie globale, et beaucoup de d&#233;couvertes &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; propos de l'histoire de la philosophie, Graham Priest s'est illustr&#233; notamment dans une r&#233;interpr&#233;tation de &lt;i&gt;La Science de la logique&lt;/i&gt; de Hegel, dans la mesure o&#249; il soutient qu'Hegel est un dial&#233;th&#233;iste. Lecture &#233;videmment anachronique, puisque Hegel n'avait pas les outils logiques qui lui auraient permis de comprendre cette th&#232;se, mais lecture tout &#224; fait intelligible pour nous aujourd'hui, et m&#234;me &#233;clairante pour toutes celles et ceux qui trouvent le syst&#232;me de Hegel difficile &#224; ma&#238;triser sur les seules bases du vocabulaire de l'id&#233;aliste allemand.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, Graham Priest op&#232;re le m&#234;me mouvement que pour l'analyse du paradoxe du menteur, et ce de mani&#232;re tr&#232;s &#233;clairante, pour comprendre l'interpr&#233;tation que fait Hegel des antinomies de la raison pure de Kant. Voici un passage tout &#224; fait &#233;clairant de Priest 1987 &lt;i&gt;In Contradiction&lt;/i&gt;, p. 26-27 (je traduis) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;En discutant les cat&#233;gories dans la &lt;i&gt;Critique de la Raison Pure&lt;/i&gt;, Kant conclut que nos cat&#233;gories ont une sph&#232;re d'application naturelle. En particulier, les cat&#233;gories peuvent s'appliquer &#224; toutes (et seulement) les intuitions. Pour dire les choses dans un vocabulaire non-Kantien : la sph&#232;re d'application naturelle des notions telles que celle de temps est l'ensemble des choses dont on peut faire l'exp&#233;rience, par exemple le facteur qui arrive. Si l'on essaye d'appliquer ces concepts en dehors de leur sph&#232;re d'application, alors, selon Kant, tout fout le camp. Plus pr&#233;cis&#233;ment, on g&#233;n&#232;re des contradictions. Par exemple, si on applique notre notion de temps &#224; l'univers, qui est une totalit&#233; dont on ne peut pas faire l'exp&#233;rience en tant que telle, nous arriverons, en raisonnant honn&#234;tement, &#224; prouver que l'univers est &#224; la fois born&#233; dans le temps et infini dans le temps. Cela montre, pour Kant, que l'application de nos concepts au del&#224; des limites de l'exp&#233;rience est ill&#233;gitime, et on doit &#233;viter cela si l'on veut maintenir une forme de coh&#233;rence. Voil&#224; en quelques mots l'essentiel de la Dialectique Transcendantale. Une fois chez Hegel, la Dialectique Transcendantale a subi une importante m&#233;tamorphose. Dans sa &#034;Grande Logique&#034; Hegel est d'accord avec Kant pour dire que les antinomies, ces arguments qui finissent par des contradictions, sont des raisonnements honn&#234;tes. Cependant, il n'a pas trouv&#233; de bonnes raisons pour bannir nos concepts dans ce genre de contextes. De fait, l'id&#233;alisme de Hegel signifie que la distinction entre des objets d'exp&#233;rience et des simples &#034;objets de pens&#233;e&#034; n'a pas vraiment d'importance du point de vue ontologique. Par cons&#233;quent, selon Hegel, il y a des raisonnements honn&#234;tes, qui appliquent de mani&#232;re l&#233;gitime des concepts, et qui conduisent &#224; des contradictions : ce sont les concepts qui sont contradictoires. Et puisqu'un argument correct doit avoir une conclusion vraie, il doit y avoir des contradictions vraies. De plus, selon Hegel, les antinomies ne sont que la partie &#233;merg&#233;e de l'iceberg. En fait, il a soutenu que tous nos concepts sont contradictoires. C'est un point de la plus haute importance, car cela a entra&#238;n&#233; un d&#233;veloppement conceptuel (la dialectique des cat&#233;gories) et &#224; partir de l&#224;, via l'id&#233;alisme de Hegel, du monde.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour ma part, c'est en lisant cela que j'ai enfin compris le statut des antinomies kantiennes : une esp&#232;ce de machine &#224; fabriquer des contradictions. On a quatre cat&#233;gories, et trois id&#233;es transcendantales, et donc 12 contradictions g&#233;n&#233;r&#233;es par la mauvaise application des cat&#233;gories &#224; ces id&#233;es. Il para&#238;t que c'&#233;tait d&#233;j&#224; l&#224; depuis toujours, mais je n'ai pas eu la chance de rencontrer un Kantien aussi simple et efficace dans ma longue formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de la philosophie pratique, et en particulier politique, il est remarquable que le terme de &#034;contradiction&#034; joue un r&#244;le absolument central dans la pens&#233;e de Marx, et donc dans toute la philosophie politique moderne. On sait bien qu'il existe &#034;des contradictions internes au capitalisme&#034;, et que c'est m&#234;me un des objectifs principaux du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; de nous les expliquer. Quel que soit le degr&#233; de familiarit&#233; qu'on peut entretenir avec le corpus marxien, je pense qu'il est tout &#224; fait l&#233;gitime d'affirmer que c'est diablement difficile de voir le lien entre les contradictions du capitalisme d'un c&#244;t&#233; et la contradiction du paradoxe du menteur de l'autre. La logique et la politique semblent irr&#233;m&#233;diablement distingu&#233;es. &#201;tant donn&#233; la filiation Marx-Hegel, et puis Hegel-Kant, et enfin le fait que Kant a introduit un raisonnement transcendantal qui n'a &#224; peu pr&#232;s rien &#224; voir avec la logique d'Aristote, origine de la notion premi&#232;re de contradiction logique, on voit bien que le m&#234;me mot &#034;contradiction&#034; d&#233;signe en r&#233;alit&#233; des choses bien diff&#233;rentes. Arriv&#233; &#224; ce point, les historiens de la philosophie tentent g&#233;n&#233;ralement un long tunnel qui irait d'Aristote &#224; Marx, et tout le monde se perd, parfois m&#234;me celui ou celle qui creuse, ce qui cr&#233;&#233; les situations embarrassantes que vous connaissez peut-&#234;tre si vous avez eu la (mal)chance de fr&#233;quenter certains lieux d'&#233;tudes dites sup&#233;rieures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur ce point Graham Priest est, je crois, en train de commencer le travail conceptuel, mais ce n'est pas termin&#233;. Priest a r&#233;cemment publi&#233; un livre intitul&#233; &#034;Capitalism &#8212; its nature and replacement. Buddhist and Marxist insights&#034;. &#192; la fin de sa pr&#233;face il &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Le premier livre que j'ai &#233;crit &lt;i&gt;In Contradiction&lt;/i&gt; (1987) avait pour &#233;pigraphe :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Pour la fin de l'exploitation et de l'oppression sous toutes ses formes et o&#249; qu'elle soit.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, les lecteurs n'auront rien trouv&#233; qui corresponde &#224; cette &#233;pigraphe dans le livre. J'esp&#232;re que les lecteurs de ce livre auront le sentiment contraire.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;J'ajoute que la derni&#232;re phrase du livre de 1987 &#233;tait une citation de Engels : &#034;d&#232;s que la contradiction cesse, la vie, elle aussi, s'arr&#234;te, et c'est la mort qui avance.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela sugg&#232;re que Graham Priest a r&#233;fl&#233;chi aux liens conceptuels entre la contradiction d'Aristote et celle de Marx depuis 35 ans maintenant. Puisqu'il a d&#233;sormais d&#233;cid&#233; d'&#233;crire de la philosophie politique, on peut l&#233;gitimement s'attendre &#224; un anti-capitalisme h&#233;t&#233;rodoxe tr&#232;s f&#233;cond, comme l'h&#233;t&#233;rodoxie logique l'&#233;tait pr&#233;c&#233;demment.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur le type de principe qu'est le principe de non-contradiction&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Une fois n'est pas coutume, les francophones ont eu plus de chance que les anglophones pour l'acc&#232;s &#224; un texte court et absolument g&#233;nial, discutant du principe de contradiction en des termes aussi modernes que Graham Priest. Il s'agit d'un article du grand philosophe et logicien Jan Lukasiewicz, publi&#233; en 1910, et intitul&#233; &#034;Sur le principe de contradiction chez Aristote&#034;. Ce texte ne fut que r&#233;cemment traduit du polonais &#224; l'anglais, mais on poss&#232;de une traduction fran&#231;aise par Barbara Cassin et Michel Narcy depuis 1991.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est en r&#233;alit&#233; une traduction d'une traduction allemande d'un r&#233;sum&#233;, mais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Voici ma copie de cet article que je recommande vivement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_754 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;65&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://philosophie.ac-normandie.fr/IMG/pdf/lukasiewicz_1910_principe_contradiction_aristote.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 2.1 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://philosophie.ac-normandie.fr/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1779444972' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-754 '&gt;&lt;strong&gt;Lukasiewicz 1910 Sur le principe de contradiction chez Aristote
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lukasiewicz y montre tr&#232;s simplement qu'Aristote a tort d'&#233;riger le principe de contradiction en principe &lt;i&gt;logique&lt;/i&gt;. En effet, si l'on s'en tient &#224; la stricte logique, l'&#233;nonc&#233; du principe de (non)contradiction est un &#233;nonc&#233; complexe, et ce n'est donc pas un principe. Cet &#233;nonc&#233; complexe est compos&#233; d'&#233;nonc&#233;s plus simples qui contiennent deux connecteurs logiques, &#224; savoir la n&#233;gation et la conjonction. Mais on peut donner (et on a donn&#233;, gr&#226;ce &#224; Lukasiewicz et toute la tradition h&#233;t&#233;rodoxe dans laquelle se situe Graham Priest) une interpr&#233;tation des connecteurs logiques telle que le &#034;principe&#034; de (non)contradiction ne tient plus. Adieu Aristote, donc, et son fameux argument de &lt;i&gt;M&#233;taphysique&lt;/i&gt; Gamma o&#249; il fait parler les plantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais pour finir sa d&#233;molition d'Aristote, Lukasiewicz &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le principe de contradiction n'a sans doute aucune valeur &lt;i&gt;logique&lt;/i&gt;, puisqu'il peut valoir seulement comme supposition, mais il poss&#232;de une valeur &lt;i&gt;pratico-&#233;thique&lt;/i&gt; qui n'en est que plus significative. &lt;i&gt;Le principe de contradiction est la seule arme contre l'erreur et le mensonge&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il ne d&#233;veloppe pas, mais qui conna&#238;t bien son Platon sait que c'est l&#224; une querelle bien fondamentale entre le ma&#238;tre et l'&#233;l&#232;ve. Le Socrate de Platon, dans sa chasse aux Sophistes, disait toujours que ne pas se contredire est un principe &lt;i&gt;&#233;thique&lt;/i&gt;. Aristote avait voulu ent&#233;riner cela dans la logique, et il s'est fourr&#233; le doigt dans l'&#339;il jusqu'au coude, si j'ose dire.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je note tout de m&#234;me que ma suggestion de passer d'Aristote &#224; Platon ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, vous avez compris le motif anti-scolastique de cet article : Aristote a toujours tort ! C'est de bonne guerre...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le roman de Cervantes est enti&#232;rement disponible sur Wikisource &lt;a href=&#034;https://fr.m.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Ing%C3%A9nieux_Hidalgo_Don_Quichotte_de_la_Manche&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et si l'on voulait une partition compl&#232;te, il suffirait d'aller lire &#171; Les voies du paradoxe &#187; de Quine pour faire une s&#233;ance d'introduction &#224; la notion de v&#233;rit&#233;. Malgr&#233; la r&#233;putation de la notion &#171; v&#233;rit&#233; &#187; comme difficile, suivre pas &#224; pas Quine ici marche sans soucis, avec les classes les plus difficiles aussi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quant &#224; l'application de ce paradoxe &#224; la sph&#232;re m&#233;diatique fran&#231;aise en temps d'&#233;lection, je vous laisse lire l'entretien sur ce point : la logique fait souvent rire tr&#232;s fort quand on l'applique un peu brutalement &#224; la doxa !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une proposition est d&#233;finie en logique comme ce qui peut &#234;tre appel&#233; vrai ou faux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On dit indiff&#233;remment principe de contradiction et principe de non-contradiction pour d&#233;signer la m&#234;me chose.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est en r&#233;alit&#233; une traduction d'une traduction allemande d'un r&#233;sum&#233;, mais qu'importe. Pour plus de d&#233;tails sur les diff&#233;rentes traductions, il faut aller voir la &lt;a href=&#034;https://www.lyber-eclat.net/lyber/luka/lukasiewicz.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pr&#233;face &#224; la traduction du texte polonais de Lukasiewicz&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je note tout de m&#234;me que ma suggestion de passer d'Aristote &#224; Platon ne correspond pas &#224; l'analyse &#233;rudite de Roger Pouivet qui, &lt;a href=&#034;https://www.lyber-eclat.net/lyber/luka/lukasiewicz.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans sa pr&#233;face &#224; la traduction du livre en polonais de Lukasiewicz&lt;/a&gt;, d&#233;fend que l'appel &#224; l'&#233;thique est un mouvement typiquement chr&#233;tien pour lequel &#171; [u]n principe &#233;thique exigeant de nous la recherche de la v&#233;rit&#233;, la conviction qu'elle se distingue absolument du faux et nous interdisant de mentir, n'a rien d'arbitraire et de facultatif. &#187; Puisque l'&#233;rudition du docteur Pouivet conna&#238;t peu de limites et qu'il a, pour cette raison, presque toujours raison, il faut bien que l'appel &#224; Socrate soit une faible hypoth&#232;se face &#224; l'autre Appel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La publicit&#233; : tout un art...</title>
		<link>https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?article587</link>
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		<dc:date>2022-04-06T19:57:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Louis Rouill&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>Justice</dc:subject>
		<dc:subject>Art</dc:subject>
		<dc:subject>Inconscient</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Quatri&#232;me et dernier &#233;pisode de Berger 1972 &#171; Ways of Seeing &#187;, consacr&#233; &#224; l'analyse de la publicit&#233;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;Art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?mot33" rel="tag"&gt;Inconscient&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; PUBLICIT&#201; : Si vous d&#233;collez des murs 1000 affiches de publicit&#233; pour les stylos &#224; pointe Bic et si vous les apportez &#224; M. Bic, il vous fait la bise et vous signe un ch&#232;que de cent millions. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cavanna 1974 &lt;i&gt;Le Saviez-vous ?&lt;/i&gt; (p. 144-5)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Anne-Marie Nizan, fille de Paul Nizan et m&#232;re d'Emmanuel Todd, &#233;tait publicitaire. C'est la raison pour laquelle Emmanuel Todd, malgr&#233; tous ses efforts, n'a jamais r&#233;ussi &#224; devenir aussi gauchiste que son grand-p&#232;re. Une sorte de garde-fou familial, &#224; ce qu'il en dit :&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notamment dans le premier &#233;pisode d'une s&#233;rie radiophonique consacr&#233;e &#224; sa (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Quand on vit dans un milieu de gauche, traditionnelle ou gauchiste, il y a cette vision des publicitaires comme m&#233;chants, manipulateurs, et puis cons en plus, ou int&#233;ress&#233;s par l'argent. Enfin, je ne sais pas, tout ce qu'on veut. Mais, quand on a une m&#232;re publicitaire, eh bien de fait, on a vu l'int&#233;rieur de la machine et le premier truc qu'on voit, c'est que les publicitaires sont des gens qui prennent les consommateurs au s&#233;rieux, et qui cherchent &#224; les comprendre. Peut-&#234;tre ensuite un peu pour les manipuler, ou pour parler &#224; leur inconscient, mais au d&#233;part, le point de d&#233;part, c'est plut&#244;t du respect. Et puis, c'est tr&#232;s instructif. Pour moi, l'activit&#233; des publicitaires, c'est de la sociologie appliqu&#233;e. Si vous voulez, moi, tout petit, j'ai vu comment avait &#233;t&#233; lanc&#233;e la lessive Skip. Vous voyez ? Ma m&#232;re se d&#233;finissait elle-m&#234;me &#8212; peut-&#234;tre qu'elle se vantait &#8212; comme la &#034;reine des lessives&#034;. Elle disait : &#034;les lessives c'est ce qu'il y a de plus dur, parce ce qu'elles sont toutes pareilles.&#034; Donc en fait, les lessives &#233;taient positionn&#233;es par rapport, non pas du tout &#224; leur contenu intrins&#232;que de lessive, enfin, toutes les lessives lavent en g&#233;n&#233;ral, mais par rapport &#224; la cible socio-culturelle qui &#233;tait vis&#233;e. Donc, je pense que &#231;a m'a apport&#233; beaucoup. Et puis d'ailleurs, cette volont&#233; de parler simplement et clairement, qui vient de plein d'endroits de ma famille, mais, chez ma m&#232;re, s'est incarn&#233;e dans le m&#233;tier de publicitaire. Elle m'a pass&#233; une partie de ce souci de simplicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Fort heureusement, on peut avoir le souci d'un style clair et simple tout en d&#233;veloppant des th&#232;ses gauchistes de base sur la publicit&#233;, comme l'illustre fort &#224; propos John Berger dans l'ultime &#233;pisode de sa c&#233;l&#232;bre s&#233;rie d'essais t&#233;l&#233;visuels &lt;i&gt;Voir le voir&lt;/i&gt;, diffus&#233;e en 1972 sur BBC Two.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette s&#233;rie, John Berger reprend d'abord &#224; son compte la th&#232;se de Walter Benjamin, dans son fameux article de 1936 intitul&#233; &#034;L'&#339;uvre d'art &#224; l'&#233;poque de sa reproduction m&#233;canis&#233;e&#034;, une th&#232;se marxiste de l'art selon laquelle la valeur esth&#233;tique est largement d&#233;termin&#233;e par les moyens de reproduction m&#233;canique de l'&#233;poque. Il tire les fils de son gauchisme en th&#233;orie de l'art visuel dans plusieurs directions par la suite : d'abord dans le deuxi&#232;me &#233;pisode o&#249; il propose une &#233;tude des Nus artistiques mettant en lumi&#232;re ce que Laura Mulvey conceptualisera ensuite comme le &#034;male gaze&#034;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un concept promis &#224; une tr&#232;s grande post&#233;rit&#233;, et pour lequel on trouvera (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Dans le troisi&#232;me &#233;pisode, il d&#233;fend que la fonction principale de la peinture &#224; l'huile europ&#233;enne consiste &#224; glorifier la propri&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral et les possessions des commanditaires en particulier.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une s&#233;quence p&#233;dagogique sur les &#233;pisodes 1 et 3 extr&#234;mement nuanc&#233;e et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Et dans le quatri&#232;me et dernier &#233;pisode, il aborde la publicit&#233; comme une suite de l'&#233;pisode pr&#233;c&#233;dent : il soutient que la tradition de la peinture &#224; l'huile s'est en r&#233;alit&#233; continu&#233;e dans la photographie publicitaire ; plus pr&#233;cis&#233;ment, que la publicit&#233; joue le m&#234;me r&#244;le que la peinture &#224; l'huile &#224; une &#233;poque diff&#233;rente, celle de la soci&#233;t&#233; consum&#233;riste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouvera donc dans cet &#233;pisode une critique gauchiste de la publicit&#233;. Si tous les gauchistes sont de bas &#233;tages, ils ne sont pas tous bas de plafond. Et l'expos&#233; est ici brillant ; plus encore : le montage. Tout le monde y trouvera donc son compte : deux choses en particulier, je crois, interpelleront les profs de philo.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'abord, John Berger construit petit &#224; petit une distinction fine entre la fonction de la peinture &#224; l'huile et de la photographie publicitaire en couleur : la peinture &#224; l'huile glorifiait le mode de vie effectif des riches de l'&#233;poque ; la publicit&#233; glorifie le mode de vie r&#234;v&#233; des riches de l'&#233;poque. La peinture montre ce qu'on poss&#232;de d&#233;j&#224; ; la photographie publicitaire montre ce qu'il faut poss&#233;der. Ce faisant, John Berger d&#233;gage ce qu'il appelle le &#034;syst&#232;me philosophique&#034; de la publicit&#233;, dont la cl&#233; de vo&#251;te est le &lt;i&gt;glamour&lt;/i&gt;. Il y a dans cette extraction du jus philosophique quelque chose qui ressemble &#224; ce que Milan Kundera fait au &lt;i&gt;kitch&lt;/i&gt;, bien que les orientations politiques des deux &#233;crivains soient pour le moins divergentes !&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite, les cons&#233;quences de son analyse sont tout &#224; fait visionnaires. En effet, il d&#233;crit et illustre ce qui, 50 ans plus tard, s'appelle &#034;l'&#232;re de la post-v&#233;rit&#233;&#034;, fait la une des m&#233;dias et monopolise les budgets de recherche en sciences humaines. En r&#233;alit&#233;, nul besoin d'internet, de r&#233;seau social ou autre invention &#034;num&#233;rique&#034; pour th&#233;matiser le brouillage des r&#233;gimes de v&#233;rit&#233; des discours publics dans les soci&#233;t&#233;s occidentales avanc&#233;es : John Berger nous fait comprendre la chose avec un magazine on ne peut plus banal, o&#249; les reportages c&#244;toient les publicit&#233;s avec un naturel d&#233;concertant. Ce t&#233;lescopage conduit &#224; un &#171; contraste incompr&#233;hensible &#187;, &#224; &#171; une telle incoh&#233;rence qu'on est forc&#233; de penser que cette culture est folle &#187;, &#224; un monde o&#249; &#171; la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me devient m&#233;connaissable &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les expressions entre guillemets sont de Berger, dans l'&#233;pisode &#224; voir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Sans doute faut-il conclure de cela que l'emballement m&#233;diatico-scientifique sur la post-v&#233;rit&#233; est une cons&#233;quence lointaine de la psychologie &#224; moiti&#233; d&#233;truite d'une partie de la population mondiale qui peine &#224; faire la diff&#233;rence entre le r&#234;ve et la r&#233;alit&#233;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour celles et ceux qui ne voient pas &#224; quoi je fais r&#233;f&#233;rence quand je (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Gardons espoir, la peine que l'on se donne &#224; distinguer la r&#233;alit&#233; du r&#234;ve est une peine toute m&#233;taphysique. Apr&#232;s visionnage de l'essai de John Berger, on pourrait simplement esp&#233;rer que la chose soit moins grossi&#232;rement politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour celles et ceux, donc, qui n'ont pas la chance d'&#234;tre immunis&#233;s &#224; la publicit&#233; par h&#233;r&#233;dit&#233;, je propose ici une version sous-titr&#233;e de cet &#233;pisode, afin de se forger ses propres outils d'autod&#233;fense esth&#233;tique. La traduction est assur&#233;e par votre serviteur : n'h&#233;sitez pas &#224; me signaler toute erreur de traduction, faute d'orthographe ou trouble dans le minutage des sous-titres, car tout est toujours modifiable.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe src=&#034;https://podeduc.apps.education.fr/video/60036-john-berger-1972-ways-of-seeing-44-vostfr/?is_iframe=true&#034; width=&#034;640&#034; height=&#034;360&#034; style=&#034;padding: 0; margin: 0; border:0&#034; allowfullscreen title=&#034;John Berger 1972 Ways of Seeing (4/4) - vostfr&#034; &gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Petite r&#233;flexion suppl&#233;mentaire sur les liens &#233;vidents entre la publicit&#233; (telle qu'analys&#233;e par John Berger) et la pornographie, car il me semble tr&#232;s remarquable qu'il ne d&#233;veloppe pas du tout le continuum tr&#232;s dense qui existe entre la publicit&#233; et la pornographie. Il faudrait, je pense, &#233;tudier de pr&#232;s ces liens apparents, en particulier pour d&#233;terminer si ce continuum entre publicit&#233; et pornographie est structurant ou anecdotique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Naturellement, pour montrer cette continuit&#233;, la mani&#232;re la plus dr&#244;le consiste &#224; critiquer le discours puritain qui, tout compatible qu'il est avec la soci&#233;t&#233; consum&#233;riste, ne voit aucune condamnation morale &#224; l'endroit de la publicit&#233;, mais qui en voit une tr&#232;s grosse &#224; l'endroit de la pornographie. Il faut donc que le puritain distingue, ce qu'il fait g&#233;n&#233;ralement avec un aplomb casuistique d&#233;licieux, comme tout bon moraliste qui se respecte : il y a une diff&#233;rence de taille entre l'&#233;rotisme et la pornographie ; ou plut&#244;t, une diff&#233;rence de nature. Le premier sugg&#232;re, tandis que la seconde montre. Sugg&#233;rer et montrer, cela n'a rien &#224; voir. S'offusquer ainsi de voir tant de femmes presque nues sur les panneaux publicitaires de nos villes occidentales, c'est prouver son sous-d&#233;veloppement : car la distinction entre la suggestion et la monstration est une marque certaine du d&#233;veloppement d'une civilisation.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; ce propos, il y a m&#234;me des effets tout &#224; fait saisissants du grand (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vladimir Nabokov, grand sous-d&#233;velopp&#233; oriental parmi les sur-d&#233;velopp&#233;s occidentaux dans les ann&#233;es 1950, a d&#251; plaider sa cause pour la publication de &lt;i&gt;Lolita&lt;/i&gt;, consid&#233;r&#233; depuis comme l'un des livres en langue anglaise les plus importants du XXe si&#232;cle. En effet, le manuscrit fut refus&#233; chez quatre &#233;diteurs am&#233;ricains, et il trouva un premier &#233;diteur &#224; Paris chez Olympia Press en 1955. En cause, naturellement, le caract&#232;re pornographique de l'&#339;uvre. Nabokov raconte cela dans un petit texte publi&#233; en 1956 intitul&#233; &#034;On a book entitled Lolita&#034;. Le paragraphe suivant, en plus de me faire rire aux &#233;clats chaque fois que je le lis, me semble illustrer le propos :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Aucun &#233;crivain dans un pays libre ne devrait avoir &#224; se soucier de la d&#233;marcation pr&#233;cise qu'il faut faire entre le sensuel et le voluptueux ; c'est grotesque ; je ne peux qu'admirer, mais nullement atteindre &#224; l'exactitude du jugement de ceux qui font poser les jeunes et jolies mammif&#232;res dont on voit les photographies dans les magazines et o&#249; la ligne du col est juste assez basse pour faire glousser un ma&#238;tre et juste assez haute pour ne pas faire froncer les sourcils d'un receveur des postes.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'original est meilleur, car il comprend des jeux de mots allit&#233;ratifs de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dany Laferri&#232;re affirme que &lt;i&gt;Lolita&lt;/i&gt; va au &#034;c&#339;ur de la psych&#233; am&#233;ricaine&#034;, et remarque que c'est un exil&#233; russe qui aura accompli cela, ce qui rend la chose plus incroyable encore.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans L'exil vaut le voyage, p. 255.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Arriv&#233; &#224; ce degr&#233; de profondeur de l'inconscient de nos amis et alli&#233;s d'outre-atlantique, on peut parier que les liens entre publicit&#233; et pornographie s'expliqueront d'eux-m&#234;mes. En attendant, un autre pari est ouvert : qui de &lt;i&gt;Lolita&lt;/i&gt; ou de la publicit&#233; sera annul&#233; (&lt;i&gt;cancel&lt;/i&gt;) le premier par la pointe avanc&#233;e de la culture de nos alli&#233;s et amis ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Notamment dans le premier &#233;pisode d'une s&#233;rie radiophonique consacr&#233;e &#224; sa biographie intellectuelle qu'on peut trouver dans &lt;a href=&#034;https://www.franceculture.fr/emissions/voix-nue/emmanuel-todd-profession-prophete-15-lorigine-dun-systeme-familial&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les pages de France Culture&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un concept promis &#224; une tr&#232;s grande post&#233;rit&#233;, et pour lequel on trouvera une tr&#232;s bonne introduction p&#233;dagogique &lt;a href=&#034;https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?article580&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une s&#233;quence p&#233;dagogique sur les &#233;pisodes 1 et 3 extr&#234;mement nuanc&#233;e et prodigieusement bien construite, intitul&#233;e &#171; La reproduction : tout un art... &#187; &#224; destination d'&#233;l&#232;ves de terminale g&#233;n&#233;rale, je vous renvoie &#224; mon partage &lt;a href=&#034;https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?article557&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les expressions entre guillemets sont de Berger, dans l'&#233;pisode &#224; voir ci-dessous.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour celles et ceux qui ne voient pas &#224; quoi je fais r&#233;f&#233;rence quand je parle de cette nouvelle &#232;re qui inqui&#232;te les plus r&#233;alistes d'entre nous, je vous conseille de lire attentivement &lt;a href=&#034;https://theconversation.com/au-japon-le-boom-des-mariages-avec-des-personnages-de-fiction-176927&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cet article&lt;/a&gt; bas&#233; sur le travail anthropologique fascinant d'Agn&#232;s Giard.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; ce propos, il y a m&#234;me des effets tout &#224; fait saisissants du grand remplacement des affiches publicitaires au printemps, qui fait fleurir les femmes presque nues : souvent, un coup de froid un peu tardif r&#233;v&#232;le un saisissant d&#233;calage entre les publicit&#233;s pour des maillots de bain et les passants emmitoufl&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'original est meilleur, car il comprend des jeux de mots allit&#233;ratifs de haute vol&#233;e : &lt;i&gt;No writer in a free country should be expected to bother about the exact demarcation between the sensuous and the sensual ; this is preposterous ; I can only admire but cannot emulate the accuracy of judgement of those who pose the fair young mammals photographed in magazines where the general neckline is just low enough to provoke a past master's chuckle and just high enough not to make a postmaster frown.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans &lt;i&gt;L'exil vaut le voyage&lt;/i&gt;, p. 255.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Graham Priest 2018 &#171; Buddhism &amp; Science &#187;</title>
		<link>https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?article581</link>
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		<dc:date>2022-01-14T12:43:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Louis Rouill&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>V&#233;rit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Langage</dc:subject>
		<dc:subject>Religion</dc:subject>
		<dc:subject>Science</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un entretien de Graham Priest, r&#233;alis&#233;e en 2018 par Orestis Palermos, qui est la conclusion d'un Massive Online Open Course (MOOC) de l'Universit&#233; d'&#201;dimbourg de 8 &#233;pisodes intitul&#233;s &#171; Buddhism and Science &#187;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?mot26" rel="tag"&gt;V&#233;rit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;Langage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?mot38" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;Science&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le nouveau programme offre une &#171; &lt;a href=&#034;https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?article565&#034;&gt;image approchante de l'infini&lt;/a&gt; &#187;. D'abord par la &lt;a href=&#034;https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?article550&#034;&gt;combinatoire des notions&lt;/a&gt;, mais aussi par l'introduction de nouveaux auteur.es tr&#232;s divers, dont les profs de philo ne connaissent r&#233;ellement, aujourd'hui et pour longtemps, qu'un petit tiers pour les d&#233;butants, voire un gros tiers pour les moins d&#233;butants. C'est la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut y voir un probl&#232;me &#224; r&#233;soudre, et le qualifier de politique. On peut aussi essayer d'interpr&#233;ter la chose : o&#249; va-t-on ainsi ? Non pas que ce second probl&#232;me d'interpr&#233;tation ne soit pas politique, car il vise &#224; lutter contre la d&#233;sorientation des coll&#232;gues qui, face &#224; l'immensit&#233;, ont souvent un r&#233;flexe pascalien qui consiste &#224; contempler avec effroi plus qu'&#224; agir. Au fond, si une question philosophique est une question simple qui appelle des r&#233;ponses infinies, alors, nous autres, nous devrions &#234;tre les mieux plac&#233;s pour s'orienter dans l'infini concoct&#233; avec l'infinie intelligence qui caract&#233;rise nos sup&#233;rieurs responsables de l'&#233;volution (non moins infinie) des programmes qui nous guident... vers l'infini. Bref, nous devrions savoir interpr&#233;ter le programme et lui donner un sens partageable, que ce soit dans le but de le changer ou de l'enseigner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce court entretien de Graham Priest dessine l'id&#233;e directrice de la &#171; philosophie mondiale &#187;, comme on parle d'histoire mondiale, qui pourrait donner du sens &#224; ce nouveau programme. Il s'agit d'explorer les &#233;changes entre la philosophie occidentale et orientale. Le point de d&#233;part, ce sont des consid&#233;rations logiques. Il y parle de contradiction, de bouddhisme, d'ineffable, d'Heidegger, de Catu&#7779;ko&#7789;i. Il y a l&#224; tout pour d&#233;raper, et sans doute l'interviewer pousse-t-il au d&#233;rapage, et pourtant &#231;a ne d&#233;rape pas. Chacun.e estimera la superficialit&#233; ou la profondeur des propos.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La traduction est assur&#233;e par votre serviteur. Si vous trouvez des erreurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe src=&#034;https://podeduc.apps.education.fr/video/60039-graham-priest-2018-buddhism-science/?is_iframe=true&#034; width=&#034;640&#034; height=&#034;360&#034; style=&#034;padding: 0; margin: 0; border:0&#034; allowfullscreen title=&#034;Graham Priest 2018 &#034;Buddhism &amp; Science&#034;&#034; &gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Et puisque N&#257;g&#257;rjuna est au programme, il faudra se former en philosophie bouddhiste. Graham Priest a con&#231;u un MOOC d'introduction &#224; la philosophie bouddhiste disponible en 8 &#233;pisodes de 15min environ. L'interview ci-dessus est la conclusion de ce MOOC. Ce cours s'intitule &#171; &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=V-P3j3S2beA&amp;list=PLKuMaHOvHA4rag4t-jjdbeDdye5nb0rlF&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Buddhism &amp; Science&lt;/a&gt; &#187; et est en anglais.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La traduction du cours demanderait beaucoup de travail et je ne pr&#233;vois pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'est un cours qui aborde par ailleurs les notions de religion et de science de mani&#232;re tr&#232;s habile et originale, pour celles et ceux qui en auraient marre de raconter toujours les m&#234;mes b&#234;tises sur ces notions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, pour le fun, Graham Priest a &#233;dit&#233; un livre de vulgarisation philosophique sur la philosophie des arts martiaux.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_687 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://philosophie.ac-normandie.fr/local/cache-vignettes/L370xH492/martial-39557.png?1779540124' width='370' height='492' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-687 '&gt;&lt;strong&gt;Couverture de Priest 2010
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans ce volume, Priest &#233;crit une &#171; interview de Bodhidharma &#187;, le moine bouddhiste indien qui s'installa au temple de Shaolin, au Japon, au VIe si&#232;cle introduisant ainsi ce qu'on appelle aujourd'hui le bouddisme Zen et le Kung Fu Shaolin. Voici ce petit dialogue en version originale :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_686 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;59&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://philosophie.ac-normandie.fr/IMG/pdf/priest_2010_martial_arts_and_philosophy.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 183.8 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://philosophie.ac-normandie.fr/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1779444972' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-686 '&gt;&lt;strong&gt;Priest 2010 &#171; An Interview with Bodhidharma &#187;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La question fondamentale des arts martiaux, c'est certainement la question de la violence, &#233;crit Graham Priest quelque part. Tiens, il me semble que cette notion est au programme quelque part...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La traduction est assur&#233;e par votre serviteur. Si vous trouvez des erreurs de traduction, merci de me les signaler : &#231;a arrive.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La traduction du cours demanderait beaucoup de travail et je ne pr&#233;vois pas de faire cela dans l'imm&#233;diat.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gottlob Frege par Graham Priest</title>
		<link>https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?article575</link>
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		<dc:date>2021-10-27T20:18:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Louis Rouill&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>V&#233;rit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Langage</dc:subject>
		<dc:subject>Raison</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Une conf&#233;rence de pr&#233;sentation de l'&#339;uvre de Frege et de son importance pour la philosophie du XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?rubrique67" rel="directory"&gt;Fiches de lecture&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?mot26" rel="tag"&gt;V&#233;rit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;Langage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?mot37" rel="tag"&gt;Raison&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Gottlob Frege est une &#171; figure tragique et h&#233;ro&#239;que &#187; de la philosophie du XXe si&#232;cle : c'est ce que soutient &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Graham_Priest&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Graham Priest&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette conf&#233;rence est adress&#233;e &#224; un public non-sp&#233;cialiste. Elle a &#233;t&#233; donn&#233;e en 2009, mais elle reste tout &#224; fait d'actualit&#233;. Elle donne des cl&#233;s de compr&#233;hension essentielles pour envisager une histoire de la philosophie du XXe si&#232;cle qui n'a pas &#233;t&#233; faite encore. Et notamment de la suppos&#233;e &#171; division &#187; entre la philosophie analytique et la ph&#233;nom&#233;nologie.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce point d'ailleurs, on pourra aussi consulter avec profit Benoist 2001 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; En se concentrant sur la biographie intellectuelle de Frege, Priest pr&#233;sente de fa&#231;on accessible et limpide ce qu'il faut savoir de Frege. Apr&#232;s cela, personne n'aura plus le droit d'ignorer l'&#339;uvre de Frege. Et sans doute, on s'&#233;tonnera de ne pas le trouver dans le programme de philosophie...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conf&#233;rence est en anglais. Vous pouvez activer des sous-titres fran&#231;ais dans la barre de lecture. Les sous-titres ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;s par votre serviteur : merci de me signaler toute erreur que vous remarquez afin que je corrige.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par &#171; erreur &#187;, j'entends une faute de frappe ou d'orthographe qui m'aurait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe src=&#034;https://podeduc.apps.education.fr/video/60052-gottlob-frege-par-graham-priest/?is_iframe=true&#034; width=&#034;640&#034; height=&#034;360&#034; style=&#034;padding: 0; margin: 0; border:0&#034; allowfullscreen title=&#034;Gottlob Frege, par Graham Priest&#034; &gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce point d'ailleurs, on pourra aussi consulter avec profit &lt;a href=&#034;https://www.puf.com/content/Repr%C3%A9sentations_sans_objet&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Benoist 2001 &lt;i&gt;Repr&#233;sentations sans objet : Aux origines de la ph&#233;nom&#233;nologie et de la philosophie analytique&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Il n'est pas clair qu'on puisse distinguer proprement philosophie analytique et continentale, bien qu'on puisse s'y essayer (voir par exemple Engel 1997 &lt;i&gt;La Dispute&lt;/i&gt;). Il existe pourtant un test empirique qui vous permettra de distinguer ces deux types de philosophes en contexte. Il suffit de leur faire lire des entr&#233;es du &lt;a href=&#034;http://luigigobbi.com/philosophicallexicon.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Philosophical lexicon&lt;/a&gt; : si le ou la philosophe rit et en redemande, c'est certainement un individu de l'esp&#232;ce analytique ; si la r&#233;action est hostile ou indiff&#233;rente, c'est vraisemblablement un individu de l'esp&#232;ce continentale. Attention &#224; ce test, cependant : il y a des faux positifs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par &#171; erreur &#187;, j'entends une faute de frappe ou d'orthographe qui m'aurait &#233;chapp&#233;e, une phrase qui n'appara&#238;t pas assez longtemps pour &#234;tre lue convenablement, ou encore un passage mal traduit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Manon Garcia (dir.) 2021 Textes cl&#233;s de philosophie f&#233;ministe. Patriarcat, savoirs, justice.</title>
		<link>https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?article568</link>
		<guid isPermaLink="true">https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?article568</guid>
		<dc:date>2021-09-09T12:35:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>B&#233;n&#233;dicte DELSINNE</dc:creator>


		<dc:subject>Justice</dc:subject>
		<dc:subject>Libert&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Nature</dc:subject>
		<dc:subject>Raison</dc:subject>
		<dc:subject>Science</dc:subject>
		<dc:subject>Humanit&#233;s, Litt&#233;rature et Philosophie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Cet article a pour but de pr&#233;senter le recueil de textes cl&#233;s de la philosophie f&#233;ministe &#233;tabli par Manon Garcia et d'inviter, par la m&#234;me occasion, les lectrices et les lecteurs &#224; naviguer dans ce territoire riche et vaste de la r&#233;flexion f&#233;ministe.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?mot27" rel="tag"&gt;Justice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;Libert&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?mot36" rel="tag"&gt;Nature&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?mot37" rel="tag"&gt;Raison&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;Science&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?mot44" rel="tag"&gt;Humanit&#233;s, Litt&#233;rature et Philosophie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cet article a pour but de pr&#233;senter le recueil de textes cl&#233;s de la philosophie f&#233;ministe &#233;tabli par Manon Garcia et d'inviter, par la m&#234;me occasion, les lectrices et les lecteurs &#224; naviguer dans ce territoire riche et vaste de la r&#233;flexion f&#233;ministe.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce recueil de textes &#233;tabli par Manon Garcia&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manon Garcia est n&#233;e en 1985. Docteure en philosophie et sp&#233;cialiste de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; r&#233;pond &#224; un double objectif : il s'agit, dans un premier temps, de r&#233;unir et de rendre accessibles certains textes majeurs de la philosophie f&#233;ministe. La plupart de ces textes ne sont pas disponibles en France pour plusieurs raisons : l'absence de traduction tout d'abord, mais aussi et surtout une forme de r&#233;sistance de la philosophie fran&#231;aise &#224; faire une place &#224; la r&#233;flexion f&#233;ministe en son sein. L'id&#233;e m&#234;me que la philosophie f&#233;ministe puisse exister en tant qu'objet de r&#233;flexion ne va pas de soi.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En effet, depuis les ann&#233;es 1970, la philosophie f&#233;ministe est reconnue dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Or, cela peut sembler paradoxal quand on sait que la philosophie f&#233;ministe prend racine dans un terreau fran&#231;ais, celui du &lt;i&gt;Deuxi&#232;me sexe&lt;/i&gt; de Simone de Beauvoir.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#234;me si le Deuxi&#232;me sexe n'a pas &#233;t&#233; &#233;crit dans un but militant (Simone de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Cette large invisibilit&#233; de la philosophie f&#233;ministe en France surprend d'autant plus que cet objet a permis d'ouvrir un champ d'&#233;tudes prolifique dans beaucoup d'autres pays et ce depuis des dizaines d'ann&#233;es.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il suffit de penser au d&#233;veloppement des gender studies qui se sont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; En ce sens, cet ouvrage est le bienvenu ; il est intellectuellement stimulant et permet de belles d&#233;couvertes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second objectif que se donne Manon Garcia est celui &#171; d'&#233;tablir ce champ disciplinaire comme tel, c'est-&#224;-dire [de] montrer &#224; la fois la coh&#233;rence, la f&#233;condit&#233; et la diversit&#233; des analyses auxquelles il donne lieu &#187; (p. 9). Pour ce faire, elle propose d'organiser son recueil autour de quatre th&#232;mes. Les voici avec les articles correspondants :&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Le rapport entre f&#233;minisme et philosophie : Mich&#232;le Le D&#339;uff, &lt;i&gt;Cheveux longs, id&#233;es courtes&lt;/i&gt; ; Nancy Bauer, &lt;i&gt;La philosophie f&#233;ministe est-elle un oxymore ? La philosophie premi&#232;re, Le Deuxi&#232;me Sexe et la troisi&#232;me vague&lt;/i&gt;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Les &#233;pist&#233;mologies f&#233;ministes : Sandra Harding, &lt;i&gt;Repenser l'&#233;pist&#233;mologie du positionnement : Qu'est-ce que &#171; l'objectivit&#233; forte &#187; ?&lt;/i&gt; ; Sally Haslanger, &lt;i&gt;Objectivit&#233; et objectification&lt;/i&gt; ; Genevi&#232;ve Fraisse, &lt;i&gt;Colporteuse, ou l'&#233;preuve de l'histoire&lt;/i&gt;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; L'analyse politique de l'oppression : Mary Wollstonecraft, &lt;i&gt;Des effets n&#233;fastes qui proc&#232;dent des distinctions contre nature &#233;tablies au sein de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; ; Marilyn Frye, &lt;i&gt;Oppression&lt;/i&gt; ; Christine Delphy, &lt;i&gt;L'Ennemi principal &#8211; &#171; Avant-propos &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Les controverses sur l'humanisme et l'universalisme : Susan Moller Okin, &lt;i&gt;Le multiculturalisme nuit-il aux femmes ?&lt;/i&gt; ; Uma Narayan, &lt;i&gt;Des jugements bien &#224; elles. Choix, autonomie, pratiques culturelles, et les Autres femmes&lt;/i&gt;.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;Il ne m'a pas sembl&#233; pertinent, dans ce compte-rendu de lecture, d'&#233;voquer chacun de ces dix articles, car cela m'aurait fait courir le risque de les survoler ou de les englober dans une approche par trop g&#233;n&#233;rale. Chacun de ces articles constitue un point de vue tr&#232;s particulier et m&#233;rite, &#224; ce titre, d'&#234;tre appr&#233;hend&#233; pour lui-m&#234;me. C'est pourquoi j'ai d&#233;cid&#233; de choisir quatre articles, un pour chacun des quatre th&#232;mes d&#233;limit&#233;s par Manon Garcia. J'esp&#232;re que la lecture de la pr&#233;sentation de ces quatre articles vous donnera envie de lire par vous-m&#234;me l'ensemble des productions de ce recueil.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;PREMIER DOMAINE : LES FEMMES ET LA PHILOSOPHIE &#8211; Mich&#232;le LE D&#338;UFF&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mich&#232;le Le D&#339;uff est une philosophe f&#233;ministe fran&#231;aise n&#233;e en 1948. Elle a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#171; Cheveux longs, id&#233;es courtes &#187;, &lt;i&gt;L'Imaginaire philosophique&lt;/i&gt;, 1980 [p. 35-76]&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Quelle est la place des femmes en philosophie ? Pourquoi y-a-t-il si peu de femmes dans l'histoire de la philosophie ? Cela vient-il d'une impossibilit&#233; pour les femmes de philosopher ? Et de quelle impossibilit&#233; parle-t-on dans ce cas ? Que faire de la misogynie de la quasi-totalit&#233; des philosophes ? Le probl&#232;me de la place des femmes dans la philosophie n'est pas simplement un probl&#232;me sociologique, mais un probl&#232;me philosophique qui engage la question de la philosophie elle-m&#234;me. La difficult&#233; pour les femmes d'acc&#233;der &#224; la philosophie ne nous dit pas quelque chose des femmes elles-m&#234;mes (de leur soi-disant incapacit&#233; &#224; philosopher), mais elle nous dit quelque chose de la philosophie, c'est-&#224;-dire de la fa&#231;on dont elle a eu besoin de se d&#233;finir en se d&#233;marquant de ce qui est cens&#233; caract&#233;riser le f&#233;minin.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Ce ne sont pas les qualit&#233;s des femmes qui les emp&#234;chent de faire de la philosophie, mais c'est la philosophie qui d&#233;finit les femmes d'une mani&#232;re qui leur rende la philosophie inaccessible, &#233;crit Manon Garcia (p. 32).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce cadre que prend place l'article de Mich&#232;le Le D&#339;uff. Son style est incisif, dr&#244;le, piquant. Elle mobilise les textes des grands philosophes pour mieux en d&#233;noncer les partis-pris antif&#233;ministes ; elle sait aussi puiser dans son exp&#233;rience de femme, d'&#233;tudiante, d'agr&#233;gative (sur ce point je vous invite &#224; lire le d&#233;veloppement qu'elle consacre &#224; l'antif&#233;minisme au concours de l'agr&#233;gation, dans les ann&#233;es 1970, p. 65 &lt;i&gt;sqq&lt;/i&gt;.). L'article part d'un constat qui correspond &#224; l'hypoth&#232;se de ce qu'elle appelle le &#171; complexe d'H&#233;lo&#239;se &#187; ; ce constat conduit &#224; l'&#233;laboration d'un probl&#232;me auquel elle s'efforce, enfin, d'apporter des solutions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le &#171; complexe d'H&#233;lo&#239;se &#187; d&#233;signe le fait que les femmes n'acc&#232;dent pas directement &#224; la philosophie, mais par le biais d'un transfert &#233;rotico-th&#233;orique qui les lie &#224; un homme lui-m&#234;me philosophe (comme H&#233;lo&#239;se avec Ab&#233;lard).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;C'est seulement par la m&#233;diation d'un homme qu'elles ont pu avoir acc&#232;s au discours th&#233;orique. Ici se trouve une d&#233;termination g&#233;n&#233;rale de la condition f&#233;minine, qui est de ne pas pouvoir se passer d'une tutelle et d'un m&#233;diateur pour toute vie d&#233;sign&#233;e comme sociale (p. 41).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Partant de l&#224;, Mich&#232;le Le D&#339;uff &#233;tudie un certain nombre de lieux manifestant ce complexe, c'est-&#224;-dire le r&#244;le subalterne des femmes en philosophie. Les femmes font de la philosophie en amatrices et non en professionnelles ; elles sont les disciples d'un ma&#238;tre (H&#233;lo&#239;se, Sophie Volland, Elisabeth, Simone, Hannah). Lorsqu'elles sont &#233;tudiantes en philosophie, elles sont souvent rep&#233;r&#233;es par des hommes qui se pr&#233;sentent comme des protecteurs et des inspirateurs (&#171; Laisse-moi penser pour toi &#187; : p. 63, Mich&#232;le Le D&#339;uff donne l'exemple de Simone de Beauvoir qui &#233;crit, &#224; la fin des&lt;i&gt; M&#233;moires d'une jeune fille rang&#233;e&lt;/i&gt; : &#171; &#8220;A partir de maintenant, je vous prends en main&#8221;, me dit-il [J.-P. Sartre], quand il m'eut annonc&#233; mon admissibilit&#233; &#224; l'agr&#233;gation. &#187; ). De m&#234;me, les copies des concours laissent transpara&#238;tre le genre de celle ou de celui qui les a &#233;crites (passage tr&#232;s int&#233;ressant sur les copies m&#226;les ou femelles, p. 69), ce qui incline le jury &#224; choisir celles qui ont un profil masculin, car elles semblent plus assur&#233;es. Enfin, dans le domaine de la recherche, les femmes se dirigent plus facilement vers l'histoire de la philosophie, vers le commentaire des textes majeurs, c'est-&#224;-dire &#233;crits par des hommes, plut&#244;t que vers la production d'une pens&#233;e originale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces manifestations du &#171; complexe d'H&#233;lo&#239;se &#187; soul&#232;vent un certain nombre de difficult&#233;s. La premi&#232;re concerne le sens m&#234;me de la d&#233;marche philosophique : &#171; &#202;tre d&#233;finitivement inf&#233;od&#233;e &#224; une pens&#233;e particuli&#232;re me para&#238;t &#234;tre la n&#233;gation de l'entreprise philosophique &#187; (p. 45), qui est, rappelons-le, de penser par soi-m&#234;me. Par ailleurs, Mich&#232;le Le D&#339;uff mobilise un argument int&#233;ressant en faveur de l'acc&#232;s des femmes &#224; la philosophie ; cet argument r&#233;side dans la question de leur d&#233;sir et donc de ce qui leur manque :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;On pourrait encore all&#233;guer que le manque d'o&#249; proc&#232;de l'entreprise philosophique est, aux yeux d'un homme, inadmissible chez une femme. Il ne faut pas oublier que le phallocentrisme contient aussi la th&#233;orie d'une phallopanac&#233;e. Avoir un bon mari suffit &#224; combler tous les d&#233;sirs d'une femme, c'est bien connu. A vrai dire, c'est le d&#233;sir des femmes qui a toujours &#233;t&#233; minimis&#233;, puisqu'on pense souvent que des hochets peuvent lui suffire. Comment ! Un homme ne suffirait pas &#224; donner une impression de compl&#233;tude ? Il y aurait encore du manque dont l'assomption ferait un d&#233;sir de philosopher ? (p. 51)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;Pour le dire autrement, les femmes ne devraient pas ressentir le d&#233;sir de philosopher, elles ne devraient ressentir aucun manque puisque le mariage et donc le fait d'&#234;tre li&#233;es &#224; un homme est cens&#233; les combler en tout point. Si tel n'&#233;tait pas le cas, cela voudrait dire que les hommes ne s'y prennent pas comme il faut, qu'ils sont en quelque sorte d&#233;faillants. Or une telle id&#233;e ne semble pas recevable ; pour tout dire, elle n'est m&#234;me pas envisag&#233;e. Mais le vrai probl&#232;me ne se trouve pas du c&#244;t&#233; de ce pseudo objet du d&#233;sir (ce &#8220;hochet&#8221; que serait la relation matrimoniale et ses compensations mat&#233;rielles, le confort, la s&#233;curit&#233;, l'absence de responsabilit&#233;, etc.), mais du c&#244;t&#233; du sujet d&#233;sirant, la femme, qui reste m&#233;connue en tant que sujet de d&#233;sir. L'&#226;me ou l'esprit des femmes peut &#233;prouver quelque chose comme l'absence d'un astre (du latin &lt;i&gt;de-sidus&lt;/i&gt; qui a donn&#233; &lt;i&gt;desiderare&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire d&#233;sirer), un &#233;lan vers quelque chose qui les d&#233;passe et qui les enjoint &#224; se d&#233;passer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, si on nie la force de ce d&#233;sir, son existence m&#234;me, comment, cesser d'assigner aux femmes le r&#244;le de subordonn&#233;es dans le partage des t&#226;ches th&#233;oriques ? Comment lutter pour l'&#233;galit&#233; ? Avec quelles armes ? Mich&#232;le Le D&#339;uff &#233;labore deux propositions en guise de solution : il s'agit tout d'abord d'accepter d'envisager la philosophie comme une sp&#233;culation qui laisse de la place &#224; un non-savoir, autrement dit de produire &#171; un rationalisme non h&#233;g&#233;monique &#187;, et de ne pas exclure de ce champ d'investigation les femmes, ou m&#234;me les enfants.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Il est possible que seule une pratique philosophique qui ne consid&#233;rerait plus son incompl&#233;tude comme un &#233;l&#233;ment tragique, serait capable d'&#233;viter de projeter une incapacit&#233; th&#233;orique sur des enfants, les femmes&#8230; ou les pr&#233;-socratiques (p. 73)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;Ce que Mich&#232;le Le D&#339;uff cherche &#224; montrer c'est que l'esprit de syst&#232;me de certains philosophes, comme Hegel, par exemple, les pousse &#224; consid&#233;rer qu'ils poss&#232;dent la bonne explication, la seule v&#233;ritable. Ce faisant, tous ceux qui les ont pr&#233;c&#233;d&#233;s ont en partie tort. La philosophie est alors comprise comme une sorte de combat dont un seul sortira vainqueur, celui qui aura su rendre compl&#232;tement raison des choses. Celui qui a r&#233;ussi &#224; tout expliquer d&#233;passe tous les autres qui apparaissent de ce fait comme moins capables que lui. Cet esprit h&#233;g&#233;monique de la philosophie a des cons&#233;quences ; il implique que certain(e)s comprennent moins bien, voire restent loin du compte. Ainsi les pr&#233;-socratiques seraient moins capables que Socrate, les enfants moins que les adultes, les femmes moins que les hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde proposition consiste &#224; dissocier le sujet (ici le philosophe) de l'entreprise philosophique. Selon Mich&#232;le Le D&#339;uff, le grand philosophe manifeste quelque chose comme un &#171; toupet m&#233;taphysique &#187;. Son syst&#232;me est cens&#233; &#234;tre celui de tous. Elle &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; J'ouvre une &#339;uvre de Leibniz ou de Hegel. Et je me surprends &#224; penser : &#171; Quel culot, tout de m&#234;me ! Il faut un toupet invraisemblable pour pr&#233;tendre ainsi ma&#238;triser intellectuellement tout ce qu'il y a dans le ciel et sur la terre, et dans la pratique des hommes. Une femme n'oserait jamais &#187; (p. 74)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On peut sans doute discuter du fait que les femmes ne sauraient &#234;tre capables du m&#234;me toupet ; car, enfin, elles ne sont pas, par essence, exemptes des d&#233;fauts des hommes. Ce qui est int&#233;ressant ici, c'est surtout de se demander pourquoi elles n'osent pas, ou n'ont pas os&#233;, de la m&#234;me fa&#231;on que les hommes. Je pense que l'&#233;ducation &#224; l'effacement et &#224; la docilit&#233; a si longtemps model&#233; l'esprit des femmes qu'il faut du temps, sans doute plusieurs g&#233;n&#233;rations, pour voir &#233;merger de nouvelles fa&#231;ons de penser. Par ailleurs, peut-&#234;tre que ce toupet des philosophes est aussi ce qui leur a permis d'&#233;laborer une &#339;uvre. Aujourd'hui beaucoup de femmes osent faire de la philosophie. Quant &#224; savoir si elles visent, comme Leibniz ou Hegel, &#224; &#233;puiser le sens de tout ce qui existe, c'est une autre affaire. Mich&#232;le Le D&#339;uff, pour sa part, envisage une autre fa&#231;on de faire de la philosophie (autre qu'une philosophie centr&#233;e sur l'&#233;minence d'un sujet) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Si le sujet de l'entreprise n'est plus une personne, ou mieux, si chaque personne engag&#233;e dans l'entreprise n'est plus en position de sujet de cette entreprise, mais en position de travailleur, partie prenante donc d'une entreprise qui est d'embl&#233;e reconnue comme collective, il me semble que le rapport au savoir &#8211; et aux manques du savoir &#8211; peut &#234;tre transform&#233;. Ici encore, il n'est pas facile de d&#233;crire la r&#233;volution que pourrait op&#233;rer une forme collective du travail philosophique et la reconnaissance du fait que de toute fa&#231;on, l'entreprise &#233;chappe &#224; l'initiative personnelle. (p. 75)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Elle ajoute (p. 76) : &#171; L'avenir des luttes de femmes pour l'acc&#232;s au philosophique se joue quelque part du c&#244;t&#233; du travail pluriel. &#187; Le recueil d'articles propos&#233; par Manon Garcia a le m&#233;rite d'&#339;uvrer en ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;DEUXI&#200;ME DOMAINE : FEMMES, SCIENCE ET RAISON &#8211; Sally HASLANGER&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sally Haslanger est une philosophe am&#233;ricaine n&#233;e en 1955 dont les travaux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &lt;i&gt;Objectivit&#233; et objectification&lt;/i&gt;, 1993 [p. 189-278]&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce deuxi&#232;me th&#232;me porte sur une branche de la philosophie f&#233;ministe consacr&#233;e &#224; l'&#233;tude de la connaissance. S'y trouveront pos&#233;es des questions telles que : Y a-t-il quelque chose dans la rationalit&#233; qui en ferait l'apanage des hommes et expliquerait la faible repr&#233;sentation des femmes dans le domaine des sciences et des activit&#233;s intellectuelles les plus hautes ? On se demandera aussi comment les rapports de pouvoir fa&#231;onnent les contenus et les modalit&#233;s de la connaissance. N'existe-t-il pas des biais qui emp&#234;chent les hommes (d&#233;tenteurs du savoir) de s'emparer de certaines questions, ou m&#234;me de ph&#233;nom&#232;nes qui ne sont pas signal&#233;s, faute d'observation scientifiques s&#233;rieuses (on peut penser ici &#224; la question de la douleur des femmes, par exemple) ? Ainsi, Manon Garcia &#233;voque ce qu'elle appelle les &#171; injustices &#233;pist&#233;miques &#187; (p. 125) : il s'agit d'objets qui ne sont tout simplement pas &#233;tudi&#233;s pour la seule raison qu'ils sont l'affaire des femmes et ne sont donc pas jug&#233;s int&#233;ressants (par exemple : le travail domestique est quasiment absent des analyses &#233;conomiques jusque dans les ann&#233;es 1960). L'objectif est, par cons&#233;quent, de r&#233;fl&#233;chir &#224; ce qui a pu entraver l'&#233;pist&#233;mologie f&#233;ministe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'id&#233;e que l'&#233;pist&#233;mologie puisse &#234;tre juste ou injuste peut surprendre car (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais aussi de d&#233;terminer quels sont ses objets et comment elle s'en empare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son article intitul&#233; &#171; Objectivit&#233; et objectification &#187;, Sally Haslanger se saisit d'un probl&#232;me qui peut sembler curieux au premier abord et qui s'av&#232;re passionnant : la raison est-elle genr&#233;e ? Ou, plus pr&#233;cis&#233;ment, est-elle masculine ? On ne peut qu'&#234;tre impressionn&#233;e par la puissance de rationalit&#233; qui &#233;mane de cet article. Sally Haslanger avance pos&#233;ment mais s&#251;rement dans l'&#233;laboration puis la tentative de r&#233;solution d'un probl&#232;me en mobilisant arguments, cha&#238;nes de raisons, exemples (toujours &#233;clairants, et d'autant plus utiles que le propos est parfois ardu), d&#233;finitions (le travail sur les concepts est magistral). Il y a sans doute une raison &#224; cela. Il me semble que Sally Haslanger d&#233;montre ici, par l'exemple, que l'id&#233;al d'objectivit&#233; est faiblement genr&#233;, ou faiblement masculin : la norme de rationalit&#233; n'est pas fond&#233;e de mani&#232;re constitutive dans un r&#244;le masculin ; elle l'est de mani&#232;re contextuelle. Ce qui implique que les femmes peuvent, tout aussi bien que les hommes, faire usage de la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait &#234;tre tent&#233; de penser que la raison traditionnelle est masculine. En effet, les hommes ont fait en sorte de s'en octroyer l'usage, laissant aux femmes, la sensibilit&#233;, l'&#233;motion, l'intuition, assurant qu'elles &#233;taient incapables de rigueur et de profondeur dans le raisonnement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette tentation propre &#224; la tradition philosophique occidentale est d&#233;nonc&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il convient de pr&#233;ciser que la raison, en tant que facult&#233;, appartient de fa&#231;on &#233;gale &#224; la femme et &#224; l'homme (n'est-elle pas &#8220;la chose du monde la mieux partag&#233;e&#8221; ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Descartes, Discours de la m&#233;thode.&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Quand on se demande si la raison est genr&#233;e, il s'agit plut&#244;t d'un type de discours qui se pr&#233;sente comme rationnel et donc ici lieu d'un pouvoir. La femme peut &#233;laborer un discours coh&#233;rent qui cherche &#224; dire la v&#233;rit&#233;, mais l'acc&#232;s &#224; ce type de discours lui est largement interdit. Partant de l&#224;, choisir de rejeter la raison sous pr&#233;texte qu'elle a &#233;t&#233; contamin&#233;e par la domination masculine, est-ce pertinent ? Sally Haslanger ne le pense pas :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si l'on rejette la valeur de la r&#233;flexion rationnelle et de la discussion raisonn&#233;e, alors quelles m&#233;thodes acceptables reste-t-il pour critiquer les positions bien ancr&#233;es et pour arbitrer entre des points de vue contraires ? Comment allons-nous construire et &#233;valuer nos propres positions f&#233;ministes ? M&#234;me s'il y a des d&#233;fauts dans les compr&#233;hensions rationnelles de la raison, devons-nous en conclure qu'elles sont absolument et d&#233;finitivement fautives ? &#187; (p. 192-193).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;La r&#233;ponse est non. Afin de comprendre dans quelle mesure la raison est masculine, elle entreprend de d&#233;finir ce qu'on entend par genre. Qu'est-ce que c'est qu'&#234;tre masculin ou f&#233;minin ? Cela se d&#233;finira en termes de rapports sociaux et donc selon un certain contexte social. Les r&#244;les investis par les hommes et par les femmes seront &#224; mettre en relation avec certaines normes. Il y a des normes de la masculinit&#233; comme, par exemple, le fait d'&#234;tre fort, actif, ind&#233;pendant, rationnel, etc. De la m&#234;me fa&#231;on, il y a des normes de la f&#233;minit&#233; comme, par exemple, le fait d'&#234;tre maternelle, sensible, jolie, coop&#233;rative, etc. Il s'agira alors de se demander si la norme de rationalit&#233; permet de constituer l'identit&#233; masculine ou si elle est simplement li&#233;e &#224; elle selon un contexte particulier qui pourrait &#234;tre diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sally Haslanger commence donc par d&#233;finir le genre. Le fondement de la classification de genre n'est pas anatomique, comme pour le sexe (m&#234;me si, pour le sexe lui-m&#234;me, les choses sont aussi d&#233;j&#224; plus complexes qu'il n'y para&#238;t, c'est-&#224;-dire moins binaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A ce propos, je vous invite &#224; lire l'ouvrage d'Anne Fausto-Sterling, Corps (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), mais se trouve dans des rapports sociaux. C'est ici qu'elle propose au lecteur un tr&#232;s beau moment d'exemplification (voir le &#171; bouc-&#233;missaire &#187;, p. 198, et le &#171; propri&#233;taire &#187;, p. 199). En substance, voici ce qu'elle montre : de m&#234;me qu'un propri&#233;taire ne l'est pas en fonction de qualit&#233;s intrins&#232;ques, mais dans le cadre de rapports sociaux qui impliquent l'existence de la propri&#233;t&#233; et celle de locataires, de m&#234;me les femmes ne le sont pas en vertu de qualit&#233;s qui leurs seraient propres, mais d'apr&#232;s le r&#244;le qu'elles jouent dans un syst&#232;me social qui implique aussi les hommes. L'id&#233;e que Sally Haslanger retire de cette caract&#233;risation du genre est forte et vertigineuse &#224; la fois. Si ce statut de femme (douce, belle, docile), cette condition (qui n'est donc pas une nature) est extrins&#232;que aux femmes et d&#233;pend uniquement de certains facteurs sociaux, alors rien n'emp&#234;che d'imaginer que ces facteurs changent. Je la cite :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si le genre repose ainsi sur l'organisation de la vie sociale, nous devrions au moins envisager la possibilit&#233; que de m&#234;me qu'un changement des rapports sociaux pourrait avoir pour r&#233;sultat qu'il n'y ait plus ni propri&#233;taires ni locataires, il pourrait y avoir un changement des rapports sociaux qui aurait pour r&#233;sultat qu'il n'y aurait plus ni hommes ni femmes, m&#234;me s'il continuait &#224; y avoir des m&#226;les et des femelles &#187; (p. 199-200).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;Cette hypoth&#232;se de Sally Haslanger m'a aussit&#244;t fait penser au tr&#232;s beau roman d'Ursula K. Le Guin,&lt;i&gt; La main gauche de la nuit&lt;/i&gt;, que je vous recommande vivement. Dans ce roman de science fiction, les individus peuvent alternativement &#234;tre m&#226;les ou femelles, ce qui invite &#224; penser autrement les rapports genr&#233;s. Celui qui a le pouvoir alors qu'il est un homme continue &#224; le pos&#233;der quand il devient une femme. L'exercice du pouvoir ou de l'autorit&#233; n'a donc rien &#224; voir avec le sexe d'origine. L'homme n'a pas besoin d'&#234;tre masculin, la femme n'a pas besoin d'&#234;tre f&#233;minine. Il me semble que c'est ce que veut dire Sally Haslanger lorsqu'elle &#233;crit qu' &#8220;il n'y aurait plus ni hommes ni femmes&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des enjeux importants de cet article porte sur les normes masculines et f&#233;minines. Peuvent-elles &#234;tre d&#233;genr&#233;es ? L'objectif de Sally Haslanger est, notamment, de remettre en question un certain f&#233;minisme, un f&#233;minisme &#171; gynocentrique &#187; qui voudrait associer les femmes &#224; certaines vertus, comme l'intuition, et qui conforterait ainsi les hommes dans leur possession exclusive de la rationalit&#233;. Une remise en question s&#233;rieuse des rapports de domination devrait conduire &#224; rejeter les id&#233;aux masculins comme les id&#233;aux f&#233;minins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons plus pr&#233;cis&#233;ment sur le concept de genre. Si le genre est le r&#233;sultat de rapports sociaux, quelles relations constituent le genre ? Il s'agit de relations qui impliquent l'id&#233;e de hi&#233;rarchie et m&#234;me d'oppression. Or, qu'est-ce qui distingue l'oppression de genre des autres formes d'oppression (ethnique, &#233;conomique) ? En r&#233;pondant &#224; cette question, Sally Haslanger remplit son concept et avance dans la r&#233;solution de son probl&#232;me. En effet, le concept de genre implique des relations d'oppression (si l'homme est masculin c'est pour pouvoir opprimer la femme qui, de son c&#244;t&#233;, se doit d'&#234;tre f&#233;minine, c'est-&#224;-dire docile, ob&#233;issante) ; si la raison est genr&#233;e alors elle devrait elle-m&#234;me &#339;uvrer comme un instrument de cette oppression ; si elle ne l'est pas, alors on peut envisager de faire un usage de la raison qui ne soit pas oppressif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de remplir ce concept de genre, Sally Haslanger mobilise alors la th&#232;se de Catharine Mac Kinnon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Catharine Mac Kinnon est une avocate, &#233;crivaine, juriste et f&#233;ministe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui d&#233;finit le genre en termes d' &#171; objectification sexuelle &#187;. Cela signifie que les rapports sociaux entre les hommes et les femmes impliquent que les femmes sont consid&#233;r&#233;es comme des &#234;tres sexuellement objectifi&#233;s alors que les hommes sont des objectificateurs. Selon Catharine Mac Kinnon, l'objectivit&#233; ou la rationalit&#233; est un id&#233;al qui participe &#224; la reconduction des in&#233;galit&#233;s et renforce l'objectification des femmes (c'est ici que le titre de l'article prend tout son sens). A partir de l&#224;, c'est-&#224;-dire en s'appuyant sur la critique de l'objectivit&#233; propos&#233;e par Catharine Mac Kinnon, Sally Haslanger analyse un certain nombre de normes relatives &#224; la science et &#224; la pratique, qui, dans le cadre de la domination masculine, entretiennent et l&#233;gitiment la place des objectificateurs, c'est-&#224;-dire des hommes. Mais, et c'est toute l'originalit&#233; de sa propre th&#232;se, elle soutient que l'id&#233;al de la raison peut &#234;tre &#171; contextuellement genr&#233; &#187;, ce qui fait de lui un sujet d'inqui&#233;tude l&#233;gitime pour les f&#233;ministes ; mais cela ne signifie pas, pour autant, que cet id&#233;al de rationalit&#233; est &#171; masculin au sens fort &#187;. Il s'agit, en somme, de se demander si le lien entre raison et oppression est un lien essentiel ou accidentel : satisfaire aux id&#233;aux de la raison suffit-il &#224; endosser un r&#244;le d'oppresseur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fa&#231;on dont Sally Haslanger r&#233;pond &#224; cette question est int&#233;ressante : m&#234;me si on est en droit de combattre l' &#171; excellence &#187; de l'oppression (quand le r&#244;le social est rempli avec succ&#232;s), on ne peut pas faire l'hypoth&#232;se que la valeur d'une norme (ici la rationalit&#233;) peut &#234;tre jug&#233;e simplement &#224; l'aune de sa contribution &#224; l'excellence d'un r&#244;le social donn&#233;. Elle d&#233;veloppe alors une analogie : le &#171; bon &#187; ma&#238;tre (excellence du r&#244;le du ma&#238;tre : celui qui sait se faire ob&#233;ir) peut l'&#234;tre parce qu'il est gentil (cela encourage la loyaut&#233; de ses esclaves) ; mais le fait que cette gentillesse contribue au succ&#232;s du r&#244;le du ma&#238;tre ne doit pas nous conduire &#224; rejeter la gentillesse en g&#233;n&#233;ral. Il en va de m&#234;me pour la raison. Ainsi, il y a des normes s&#233;parables du r&#244;le pour lequel elles sont adapt&#233;es et d'autres non : le fait pour un bon locataire de payer son loyer est une norme non s&#233;parable de son excellence ; en revanche, le fait d'&#234;tre respectueux est une norme s&#233;parable. Or, la raison n'est pas une norme fond&#233;e de mani&#232;re constitutive dans le r&#244;le social de l'oppresseur ; par cons&#233;quent, il n'existe pas non plus d'id&#233;al corr&#233;latif, &#224; savoir l'absence de raison chez les femmes opprim&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, &#224; premi&#232;re vue, on pouvait penser que la raison est masculine et que, de ce fait, il fallait s'en m&#233;fier, Sally Haslanger a montr&#233; qu'il en &#233;tait tout autrement :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; On pourrait penser que si une norme est fond&#233;e dans un r&#244;le socialement probl&#233;matique, alors on devrait rejeter la norme ; en rejetant la norme, on esp&#232;re souvent d&#233;courager les autres d'assumer ce r&#244;le. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;Il s'agissait de l'argument faible des f&#233;ministes. Mais, ce n'est sans doute pas la chose &#224; faire. &#171; A la place, ce pourrait &#234;tre de changer les conditions sous-jacentes qui connectent la norme au r&#244;le &#187; (p. 225), et faire en sorte qu'un homme usant de la raison ne soit plus un oppresseur. Tout un programme !&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;TROISI&#200;ME DOMAINE : F&#201;MINISME ET PHILOSOPHIE POLITIQUE &#8211; Marilyn FRYE&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marilyn Frye est une philosophe et th&#233;oricienne f&#233;ministe am&#233;ricaine n&#233;e en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &lt;i&gt;Oppression&lt;/i&gt;, 1983 [p. 323-344]&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce troisi&#232;me th&#232;me est l'occasion pour Manon Garcia de rappeler &#171; l'agenda du f&#233;minisme &#187; : il s'agit, dans un premier temps, &#171; de mettre en lumi&#232;re l'oppression des femmes en tant que femmes &#187;, puis, dans un second temps, de &#171; lutter contre cette oppression &#187; (p. 299). Dresser la liste des in&#233;galit&#233;s entre les hommes et les femmes ne suffit pas &#224; &#233;clairer la domination que subissent les femmes. Il faut surtout s'emparer des concepts eux-m&#234;mes qui ont une dimension normative. Oppression et domination sont des attitudes essentiellement injustes. Ainsi quand on choisit de parler d'oppression plut&#244;t que de &#171; condition f&#233;minine &#187;, on indique un probl&#232;me, on avance un jugement de valeur. L'oppression renvoie &#224; un arbitraire, &#224; un choix donc ; elle est aussi n&#233;cessairement sociale, et donc politique. Il est important de noter que l'&#233;mergence du concept d'oppression r&#233;sulte d'une prise de conscience collective de la part des femmes qui ont pu confronter leurs exp&#233;riences de l'oppression pour pouvoir r&#233;ussir &#224; la nommer, puis &#224; l'&#233;tudier afin de mieux pouvoir s'en lib&#233;rer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cela correspond &#224; ce qu'on appelle &#171; consciousness raising &#187; : dans les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#233;change de t&#233;moignages permet d'&#233;tablir, &#224; partir de la multiplicit&#233; des exp&#233;riences singuli&#232;res, quelque chose comme une &#171; situation commune d'oppression &#187; (note de la p. 301). Une fois cette situation reconnue, il est possible de la combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article de Marilyn Frye, intitul&#233; &#171; Oppression &#187;, propose une analyse conceptuelle pr&#233;cise et &#233;clairante de l'oppression. Il a aussi le m&#233;rite d'ancrer ce concept dans l'exp&#233;rience en &#233;voquant des situations r&#233;elles ou fictives qui permettent de mieux comprendre qui est opprim&#233; et qui ne l'est pas. Marilyn Frye commence par expliquer pourquoi il est bon de clarifier le concept d'oppression. En effet, certaines personnes seraient tent&#233;es de se dire opprim&#233;es du simple fait qu'elles se sentent press&#233;es de faire quelque chose :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand on affirme que les femmes sont opprim&#233;es, on nous r&#233;pond souvent que les hommes le sont aussi. On entend dire qu'opprimer est oppressant pour ceux qui oppriment aussi bien que pour celles qu'ils oppriment &#187; (p. 323).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;Or, toute exp&#233;rience humaine de limitation, de frustration ou de souffrance ne rel&#232;ve pas n&#233;cessairement de l'oppression. Il convient, par cons&#233;quent, de savoir pr&#233;cis&#233;ment de quoi on parle. La racine du mot oppression est &#171; &lt;i&gt;press&lt;/i&gt; &#187; qui signifie aplatir, comprimer, changer la forme de quelque chose, en r&#233;duire le mouvement. Marilyn Frye d&#233;gage trois effets de l'oppression : &#171; modeler, immobiliser, r&#233;duire &#187; (p. 325). Ainsi la personne qui est opprim&#233;e a le sentiment d'&#234;tre prise en &#233;tau (en anglais la notion de &#171; &lt;i&gt;double bind&lt;/i&gt; &#187; ou double contrainte, implique un blocage physique et psychique) ; elle est tiraill&#233;e entre des injonctions contradictoires. La situation dans laquelle elle vit la confronte &#224; tr&#232;s peu de possibilit&#233;s, et toutes l'exposent &#224; &#171; des sanctions, &#224; la critique ou &#224; la privation &#187; (p. 325). Par exemple, quand on exige des jeunes femmes qu'elles soient sexuellement actives (sinon elles passent pour coinc&#233;es, frigides, rabat-joie) et, dans le m&#234;me temps, qu'elles ne soient pas sexuellement actives (sinon elles passent pour des allumeuses, des putes, des salopes), alors, quoiqu'elles fassent, elles seront bl&#226;m&#233;es ou sanctionn&#233;es. Dans tous les cas, &#171; il ne nous reste qu'&#224; choisir la forme et l'ampleur que prendra notre an&#233;antissement &#187; (p. 325). Prises en &#233;tau, &#171; vous &#234;tes forc&#233;ment perdantes &#187; (p. 327).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de cette premi&#232;re approche du concept d'oppression, Marilyn Frye &#233;labore une image importante, celle de la cage (p. 328 &lt;i&gt;sq&lt;/i&gt;.) Je vous la cite longuement :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des cages. Imaginez une cage &#224; oiseaux. Si vous regardez de tr&#232;s pr&#232;s seulement un des barreaux de la cage, vous ne pouvez pas voir les autres barreaux. Si vous pensez ce qui est en face de vous uniquement &#224; partir de cette perspective myope, vous pouvez regarder ce seul barreau, de haut en bas, et &#234;tre incapable de voir ce qui emp&#234;cherait un oiseau de simplement le contourner s'il veut aller quelque part. En outre, m&#234;me si jour apr&#232;s jour, vous inspectez chacun des barreaux un &#224; un, il est possible que vous ne voyiez toujours pas ce qui emp&#234;cherait un oiseau de les franchir. Il n'y a aucune propri&#233;t&#233; physique de chaque barreau, rien que l'examen le plus minutieux puisse d&#233;couvrir, qui r&#233;v&#233;lerait ce qui pourrait entraver ou blesser un oiseau, sauf de fa&#231;on purement accidentelle. C'est seulement quand vous vous reculez, que vous arr&#234;tez de regarder les barreaux un &#224; un au microscope et que vous adoptez une vision macroscopique de la cage tout enti&#232;re, que vous pouvez voir pourquoi l'oiseau ne va nulle part ; et l&#224; &#231;a vous sautera aux yeux. Cela n'exigera aucune capacit&#233; mentale incroyablement subtile. Il est parfaitement &#233;vident que l'oiseau est entour&#233; par un r&#233;seau d'obstacles syst&#233;matiquement li&#233;s entre eux, sans qu'aucun ne repr&#233;sente le moindre frein &#224; son envol, mais qui pourtant, par leur relation les uns aux autres, confinent autant que les murs solides d'un donjon. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;Ainsi, selon le point de vue que l'on adopte (micro ou macroscopique), l'oppression des femmes reste invisible ou nous appara&#238;t dans toute sa syst&#233;maticit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de mieux faire comprendre les raisons de l'invisibilit&#233; de l'oppression pour les oppresseurs mais aussi pour les opprim&#233;es, Marilyn Frye prend l'exemple de la galanterie. Si l'on observe l'acte isol&#233; qui consiste, pour un homme, &#224; tenir la porte ouverte afin de faciliter le passage d'une femme, ce geste ne semble pas manifester la moindre oppression, au contraire : l'homme semble plut&#244;t &#244;ter un obstacle et faciliter l'action de la femme. Or cette manifestation de galanterie ne correspond &#224; aucune aide r&#233;elle ; ce geste a surtout une valeur symbolique. Que signifie-t-il en r&#233;alit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le message renvoy&#233; par la fausse obligeance de la galanterie masculine est la d&#233;pendance, l'invisibilit&#233; ou l'insignifiance des femmes et le m&#233;pris des femmes &#187; (p. 331).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;Un autre &#233;l&#233;ment important doit &#234;tre retenu : &#171; l'habitant(e) de la cage n'est pas un individu mais un groupe &#187; ; il ou elle est emp&#234;ch&#233;(e), non en raison de qualit&#233;s ou de d&#233;fauts personnels (talent, handicap, etc.), mais du simple fait d'appartenir &#224; une cat&#233;gorie sociale. Reconna&#238;tre l'oppression revient &#224; s'identifier comme membre d'un groupe et nouer des relations de solidarit&#233; avec les autres membres du groupe. Or, pour le groupe &#171; femmes &#187;, une difficult&#233; appara&#238;t : la reconnaissance est rendue difficile par le fait que les membres de ce groupe ne sont justement pas regroup&#233;s g&#233;ographiquement en un m&#234;me endroit, mais dispers&#233;s dans tous les pays. Cette dispersion conduit chaque femme &#224; rester centr&#233;e sur son exp&#233;rience sans envisager que d'autres, que toutes les autres, subissent la m&#234;me chose qu'elle. Il est alors tr&#232;s difficile d'adopter un point de vue macroscopique sur l'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le simple fait que nous soyons dispers&#233;es rend difficile, pour les femmes, de se conna&#238;tre les unes les autres et donc de reconna&#238;tre les contours de notre cage commune. La dispersion et l'assimilation des femmes &#224; l'int&#233;rieur des classes sociales et des races nous divise &#233;galement d'un point de vue pratique et &#233;conomique en nous montant les unes contre les autres, et ajoute ainsi &#224; l'incapacit&#233; &#224; voir notre unit&#233;, un int&#233;r&#234;t &#224; ne pas la voir : le fait, pour certaines, de conserver jalousement leurs b&#233;n&#233;fices, et pour d'autres le ressentiment &#224; l'&#233;gard des avantages des autres &#187; (p. 334).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc quelque chose comme un ghetto de femmes, mais il ne s'agit pas d'un lieu g&#233;ographique marqu&#233; par le confinement ; ce ghetto, c'est une fonction : &#171; servir les hommes &#187;. Les modalit&#233;s de ce service sont l&#233;gion : il y a le service personnel relatif &#224; la domesticit&#233; (le m&#233;nage, la cuisine), le service sexuel (r&#233;pondre aux besoins g&#233;nitaux, porter les enfants, &#234;tre agr&#233;able &#224; regarder), le service pour l'ego de l'homme (les encouragements, le soutien).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le travail de service des femmes est partout caract&#233;ris&#233; par cette combinaison fatale de responsabilit&#233; et d'impuissance &#187; (p. 335).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;Ainsi, Marilyn Frye d&#233;finit la sph&#232;re des femmes comme &#233;tant un &#171; secteur de service &#187; (p. 335). Afin de pr&#233;ciser les termes de cette oppression, elle propose ensuite de faire un tri entre les souffrances. En effet, une souffrance, une limitation ou un pr&#233;judice ne rel&#232;vent de l'oppression que si on peut les associer &#224; un contexte ou &#224; une &#171; structure oppressive &#187; (les barreaux de la cage vue dans son ensemble). Ainsi, imaginons qu' &#171; un riche playboy blanc, vivant des revenus tir&#233;s de ses investissements dans des mines de diamant en Afrique du Sud &#187; vienne &#224; se casser la jambe &#171; dans un accident de ski &#224; Aspen &#187; ; il a beau &#233;prouver une souffrance et une limitation, on ne peut pas pour autant le qualifier d'opprim&#233;. De m&#234;me, les limitations impos&#233;es par le code de la route ne constituent pas, &#224; proprement parler, une oppression. Certes, &#171; elles rel&#232;vent d'une structure qui fa&#231;onne notre comportement, non dans le but de nous limiter et de nous immobiliser, mais plut&#244;t dans le but de prot&#233;ger durablement notre capacit&#233; &#224; nous d&#233;placer et &#224; agir comme nous le voulons &#187; (p. 338). Dans le cas d'un ghetto racial, la fronti&#232;re emp&#234;che tout aussi bien les opprim&#233;s de sortir que les oppresseurs d'entrer, mais cela ne signifie pas que les deux sont opprim&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; les barri&#232;res ont diff&#233;rentes significations selon le c&#244;t&#233; o&#249; l'on se situe, m&#234;me si des deux c&#244;t&#233;s il s'agit de barri&#232;res &#187; (p. 339).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;A partir de ces diff&#233;rentes situations, Marilyn Frye revient &#224; la cat&#233;gorie du &#171; secteur de service &#187; que constitue le ghetto des femmes :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le secteur des services, celui des &#233;pouses, des mamans, des assistantes, des bonnes, est un secteur presque exclusivement f&#233;minin ; ses limites n'enferment pas seulement les femmes mais maintiennent, dans une large mesure, les hommes &#224; l'ext&#233;rieur. Il arrive que certains hommes rencontrent cette barri&#232;re et la vivent comme une restriction de leurs mouvements, de leurs activit&#233;s, de leur pouvoir et du choix de leur &#171; mode de vie &#187;. Pensant qu'ils pourraient appr&#233;cier la simplicit&#233; de la vie au foyer (qu'ils imaginent lib&#233;r&#233;e du stress, de l'ali&#233;nation et du travail acharn&#233;), et s'en sentant priv&#233;s d&#232;s lors qu'elle para&#238;t leur &#234;tre inaccessible, ils annoncent alors leur d&#233;couverte : ils sont, eux aussi, opprim&#233;s par les &#171; r&#244;les de sexe &#187;. Mais cette barri&#232;re est &#233;rig&#233;e et maintenue par les hommes, au b&#233;n&#233;fice des hommes &#187; (p. 339-340).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Enfin, un dernier probl&#232;me est soulev&#233; concernant l'oppression dont les femmes sont victimes. Ce qui concourt &#224; renforcer l'invisibilit&#233; de l'oppression des femmes par les hommes, c'est le processus par lequel les femmes ont int&#233;rioris&#233; cette oppression. L'esprit des femmes, mais aussi leur corps, a int&#233;rioris&#233; un certain nombre de comportements autoris&#233;s ou proscrits. Se sont ainsi forg&#233;es des habitudes, quelque chose comme une seconde nature. L'habitude, une fois prise, se fait passer pour un comportement naturel et cela emp&#234;che l'individu d'envisager qu'il puisse en &#234;tre autrement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la force de l'habitude, on peut ici penser &#224; Pierre Bourdieu et &#224; l'id&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Marilyn Frye prend l'exemple des &#171; postures g&#234;n&#233;es &#187; des femmes, de leur &#171; marche &#224; petits pas &#187;, mais aussi de l'injonction faite aux hommes de ne pas pleurer. Or, entre ces deux formes d'autodiscipline, l'une est r&#233;compens&#233;e, l'autre non. Les restrictions consenties par les hommes sont r&#233;compens&#233;es par la reconnaissance des autres et par l'estime de soi, alors que celles int&#233;rioris&#233;es par les femmes ne leur apportent rien de positif :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qu'en obtenons-nous [de la retenue physique qui consiste &#224; marcher &#224; petits pas] ? Le respect, l'estime et la reconnaissance ? Non. Ils se moquent de nous et parodient nos petits pas. Nous avons l'air stupides, incapables, faibles et souvent pitoyables. L'exercice de cette discipline nous conduit &#224; &#234;tre peu estim&#233;es et &#224; manquer de confiance en nous &#187; (p. 342).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;De tout cela il ressort que les femmes sont opprim&#233;es et que les barreaux de la cage sont solidement articul&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#202;tre une femme est un facteur majeur dans le fait que je n'exerce pas de meilleur m&#233;tier ; &#234;tre une femme me destine &#224; &#234;tre la victime potentielle d'une agression sexuelle ou de harc&#232;lement ; c'est parce que je suis une femme que la puissance de ma col&#232;re est r&#233;duite &#224; une preuve de ma folie &#187; (p. 343).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;Marilyn Frye conclut sur ces mots :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les femmes sont opprim&#233;es, en tant que femmes. Les membres de certains groupes raciaux et/ou de certaines classes &#233;conomiques, aussi bien chez les hommes que chez les femmes, sont opprim&#233;.e.s en tant que membres de ces groupes raciaux et/ou de ces classes sociales. Mais les hommes ne sont pas opprim&#233;s en tant qu'hommes. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8230; et n'est-il pas &#233;trange que nous ayons toutes &#233;t&#233; troubl&#233;es et mystifi&#233;es par une chose si simple ? &#187; (p. 344).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il nous reste &#224; pr&#233;sent &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; un nouveau probl&#232;me : comment penser l'oppression dont les femmes sont victimes lorsque celles-ci se trouvent &#224; l'intersection d'autres oppressions ? Quelle place pour une r&#233;flexion f&#233;ministe dans un tel contexte ?&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;QUATRI&#200;ME DOMAINE : F&#201;MINISMES, UNIVERSALISME ET INTERSECTIONNALIT&#201; &#8211; Uma NARAYAN&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Uma Narayan est une universitaire f&#233;ministe indienne n&#233;e en 1958. Ses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &lt;i&gt;Des jugements bien &#224; elles. Choix, autonomie, pratiques culturelles, et les autres femmes&lt;/i&gt;, 2011 [p. 411-444]
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le f&#233;minisme est-il un universalisme ? Autrement dit, peut-on consid&#233;rer que l'oppression dont les femmes sont victimes fonctionne selon les m&#234;mes rouages dans toutes les cultures ? Je vous invite &#224; lire l'exposition tr&#232;s claire de ce probl&#232;me et de ses enjeux propos&#233;e par Manon Garcia des pages 377 &#224; 383. C'est une bonne fa&#231;on de d&#233;samorcer les pol&#233;miques souvent st&#233;riles qui ont malheureusement cours sur ces sujets actuellement. Il faut bien comprendre qu'il existe une tension entre deux compr&#233;hensions du f&#233;minisme : un f&#233;minisme universaliste et un f&#233;minisme multiculturaliste. Le premier, qui repose sur le mod&#232;le de la f&#233;ministe occidentale, blanche et bourgeoise, impose une compr&#233;hension imp&#233;rialiste du f&#233;minisme : toutes les femmes subissent la domination masculine comme nous, femmes occidentales, nous le subissons, et toutes devraient adopter notre combat pour la libert&#233; et pour l'&#233;galit&#233;. Notre grille de lecture est alors plaqu&#233;e sur la condition des autres femmes sans que cela permette d'en rendre v&#233;ritablement compte. Le f&#233;minisme multiculturaliste propose de relativiser le point du vue occidental&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Relativiser le point de vue occidental revient &#224; montrer que la situation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais, ce faisant, il fait courir aux femmes le danger de tout relativisme : au nom de la tol&#233;rance culturelle ne risque-t-on pas de laisser s'exercer la domination masculine ? Afin de rem&#233;dier &#224; cette oppression des femmes par les hommes, on a vu se d&#233;velopper, dans certains pays, la tentation d'une intervention &#233;tatique : il s'agit, pour l'&#201;tat, de l&#233;gif&#233;rer pour interdire certaines pratiques qui asservissent ou invisibilisent les femmes, comme le port du voile, par exemple. On fait &#231;a pour &#171; le bien &#187; des femmes, mais ces derni&#232;res ont-elles &#233;t&#233; consult&#233;es ? Comment envisagent-elles ce qui est bon pour elles ? Le texte d'Uma Narayan r&#233;pond &#224; cette tentation &#233;tatique en montrant que la notion d'autonomie des femmes est vague et complexe : dans quelle mesure la femme qui porte le voile le fait-elle de fa&#231;on autonome ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'un des enjeux majeurs d'une r&#233;flexion sur l'intersectionnalit&#233; est sans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Uma Narayan propose de commencer par conjurer philosophiquement &#171; deux spectres de l'Autre femme &#187;. En effet, nous (occidentales et occidentaux) avons deux repr&#233;sentations erron&#233;es des Autres femmes qui nous emp&#234;chent de nous mettre authentiquement &#171; dans les souliers de l'autre &#187;, c'est-&#224;-dire de comprendre comment ces femmes vivent l'oppression des hommes et jusqu'&#224; quel point elles y sont soumises. Ce sont ces repr&#233;sentations ou &#171; spectres &#187; qu'il faut commencer par chasser. Le premier spectre correspond &#224; &#171; la prisonni&#232;re du patriarcat &#187; ; sous cette d&#233;signation, la femme &#171; se verrait imposer, enti&#232;rement contre sa volont&#233; et son consentement, diverses formes d'oppression patriarcale &#187; (p. 411). Il nous semble inconcevable d'approuver ou d'accepter ces formes d'oppression, c'est pourquoi nous imaginons ces femmes comme soumises &#224; une coercition radicale. Ou bien alors, il faut imaginer, et c'est le second spectre, qu'elles sont &#171; la dupe du patriarcat &#187; parce qu'elles ont fini par s'auto-imposer la violence en souscrivant aux normes et aux pratiques de leur culture (p. 412). Dans les deux cas, ces repr&#233;sentations r&#233;pondent &#224; ce qu'Uma Narayan appelle un &#171; &#233;lan &#233;thique &#187;, autrement dit une sorte d'injonction morale que nous nous imposons d'essayer d'enfiler les souliers de l'autre, de nous mettre &#224; sa place. Cette attitude rel&#232;ve, somme toute, d'une bonne intention, mais ne provoque pas l'effet escompt&#233;. En effet, cet &#233;lan rate son but. Il nous conduit &#224; forcer l'autre femme &#224; entrer dans nos propres souliers. C'est cela que l'article s'efforce de montrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il y a une profonde m&#233;connaissance de l'autre qui &#233;mane de ces &#233;lans &#233;thiques et des repr&#233;sentations qu'ils suscitent. Cette m&#233;connaissance repose sur un certain &#171; imp&#233;rialisme de l'imagination &#187; : le spectre de la prisonni&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; consiste &#224; identifier pleinement les conduites de l'Autre aux siennes ; celui de la dupe consiste &#224; projeter une &#171; diff&#233;rence &#187; totalisante sur ces Autres. Tous deux partagent un m&#234;me probl&#232;me, celui d'imaginer que ces Autres ont des conduites monolithiques au lieu de reconna&#238;tre la vari&#233;t&#233; des conduites qu'elles adoptent relativement aux pratiques qui informent leurs vies &#187; (p. 413).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;Partant de l&#224;, Uma Narayan explore cette vari&#233;t&#233; des conduites des autres femmes en mobilisant, notamment, l'exemple du port du voile chez les femmes issues de la communaut&#233; conservatrice soufie des Pirzadas &#224; Old Delhi. Ces derni&#232;res vivent en relative r&#233;clusion (purdah) &#224; l'int&#233;rieur de la maison et doivent porter le voile lorsqu'elles sont en public. L'auteure montre alors que les deux spectres qu'elle a identifi&#233;s ne sauraient rendre compte de la vie de ces femmes qui ne ressentent pas le port du voile comme quelque chose qui leur est impos&#233; de force, sans leur consentement : elles ne se d&#233;finissent donc pas comme des prisonni&#232;res du patriarcat. Mais elles ne se per&#231;oivent pas davantage comme des dupes de celui-ci ; en effet, elles n'approuvent pas absolument tous les aspects de cette pratique et sont m&#234;me plut&#244;t lucides quant aux divers d&#233;sagr&#233;ments qu'elles subissent (inconfort physique, limitation de la perception et de la capacit&#233; &#224; se mouvoir, ignorance renforc&#233;e ; elles se comparent elles-m&#234;mes &#224; des &#171; grenouilles dans un puits &#187;, p. 415-416). Tout cela tend &#224; montrer que ces femmes poss&#232;dent une certaine autonomie. L'objectif d'Uma Narayan est aussi d'accorder de l'attention &#224; la parole de ces femmes, de les prendre au s&#233;rieux. Nous devons apprendre &#224; remettre en question nos repr&#233;sentations qui sont le plus souvent simplificatrices. Les femmes ne sont jamais aveugl&#233;ment soumises, que ce soit par renoncement ou par ignorance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, ce que vivent ces femmes, en sommes-nous si &#233;loign&#233;es ? Au moyen de comparaisons interculturelles, l'auteure pointe du doigt le fait que les femmes occidentales vivent, elles aussi, dans des compromis incessants avec le patriarcat, mais que, le plus souvent, elles refusent de le reconna&#238;tre. L'exemple que propose Uma Narayan (p. 418 &lt;i&gt;sq&lt;/i&gt;.) est int&#233;ressant, mais, de mon point de vue (de femme blanche occidentale et de philosophe !) discutable. Il s'agit d'&#233;tablir une analogie entre le port du voile chez les femmes pirzadas et l'adoption d' &#171; une forme moins visible, plus transparente de voile &#187;, le maquillage que les femmes occidentales arborent dans les lieux publics.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tant le maquillage que le port du voile v&#233;hiculent des messages symboliques concernant le statut social des femmes ; ils soulignent l'importance de l'attention accord&#233;e &#224; leur &#171; apparence ext&#233;rieure &#187;, et le fait que, partout o&#249; elles apparaissent publiquement, elles apparaissent en partie en tant qu'entit&#233;s sexualis&#233;es. Les f&#233;ministes occidentales ont mis au jour les effets n&#233;fastes que peut avoir sur les femmes un r&#233;gime culturel qui les pousse &#224; consacrer d'immenses efforts &#224; se plier &#224; diff&#233;rents &#171; r&#233;gimes de beaut&#233; &#187;, g&#233;n&#233;rant une anxi&#233;t&#233; consid&#233;rable &#224; l'endroit de divers aspects de leur apparence corporelle. A l'instar de nombre de femmes qui se voilent, nombre de femmes qui se maquillent ne le vivent pas avant tout comme une forme d'oppression patriarcale. (&#8230;) Les Occidentaux/tales comprendraient plus ais&#233;ment pourquoi certaines femmes voil&#233;es &#233;prouvent de la g&#234;ne &#224; sortir la t&#234;te d&#233;couverte, en songeant aux raisons pour lesquelles, ici, de nombreuses femmes seraient mortes de honte si elles affichaient publiquement des jambes poilue ! &#187; (p. 419)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Je comprends fort bien la port&#233;e de telles comparaisons inter-culturelles ; elles me permettent de me glisser dans les souliers de ces Autres femmes. Je peux essayer d'imaginer leur g&#234;ne &#224; sortir nu-t&#234;te, je peux tenter d'&#233;prouver la part de choix et d'autonomie qui leur revient, mais je ne peux m'emp&#234;cher de concevoir une diff&#233;rence entre ces deux &#171; voiles &#187;. Je ne pense pas que le maquillage soit simplement un voile &#171; moins visible &#187; ou &#171; plus transparent &#187;, il a aussi pour objectif de mettre en valeur un visage, de l'embellir, de le r&#233;v&#233;ler en quelque sorte. Le voile, quant &#224; lui, dissimule, il cache quelque chose de la f&#233;minit&#233;, la chevelure. Quant &#224; la marge d'autonomie, elle ne me semble pas la m&#234;me dans les deux cas. Je peux choisir de me maquiller aujourd'hui, et pas demain ; certaines femmes peuvent ne pas se maquiller du tout, ou choisir de ne pas se raser les jambes. Cela ne les emp&#234;chera pas d'occuper l'espace public (avec ou sans honte). Je doute qu'une femme pirzada puisse &#233;prouver les m&#234;mes possibilit&#233;s au quotidien. Elles choisissent toutes de se voiler tous les jours sit&#244;t qu'elles doivent sortir de chez elles. La contrainte qu'elles subissent ne me semble pas exactement comparable &#224; celle endur&#233;e par certaines femmes maquill&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Certaines femmes qui se maquillent sont esclaves de la mode et de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour autant, je ne refuse aux femmes pirzada ni autonomie ni conscience ; je ne les consid&#232;re pas comme des prisonni&#232;res ou des dupes. Je rejoins donc Uma Narayan lorsqu'elle soutient que &#171; de telles comparaisons inter-culturelles nous aident &#224; comprendre les conduites que les Autres femmes adoptent vis-&#224;-vis de certaines pratiques culturelles &#187; (p. 419), mais je peux totalement quitter mes souliers. Celle-ci pourrait me r&#233;pondre :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Je pense que les h&#233;ritages de l'histoire coloniale encouragent souvent les Occidentaux/tales ordinaires &#224; exag&#233;rer les contraintes et &#224; minimiser les choix au sein d'Autres contextes culturels, tout en minimisant les contraintes et exag&#233;rant les choix au sein des contextes occidentaux &#187; (p. 427).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Il ressort de tout cela que nos choix et nos pr&#233;f&#233;rences sont form&#233;s par le contexte dans lequel nous avons grandi. Ces choix peuvent donc &#234;tre r&#233;orient&#233;s et &#233;largis, mais, pour cela, Uma Narayan pr&#233;conise d'opter pour la persuasion plut&#244;t que pour la coercition. En effet, il peut y avoir un effet pervers &#224; vouloir contraindre les femmes &#224; abandonner trop t&#244;t un mod&#232;le qui certes les opprime, mais avec lequel elles ont appris &#224; vivre. Ainsi par exemple, la politique de d&#233;voilement obligatoire mise en place en Iran et en Turquie dans les ann&#233;es 30 a eu des cons&#233;quences d&#233;sastreuses sur la vie des femmes issues des classes moyennes et modestes. Elles se refusaient &#224; sortir sans voile, et l'intervention de l'&#201;tat les a contraintes &#224; rester chez elles ; elles ne pouvaient plus se livrer &#224; certaines activit&#233;s ni rencontrer d'autres femmes. Ce qui &#233;tait cens&#233; les lib&#233;rer les a asservies davantage. On peut alors se demander dans quelle mesure l'&#201;tat doit intervenir sur ces questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Uma Narayan propose d'explorer deux axes d'intervention : il s'agirait, dans un premier temps, de parer au plus urgent, c'est-&#224;-dire de prot&#233;ger les femmes lorsqu'elles sont victimes de violences pures et simples (mariages forc&#233;s, viols, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ensuite, l'&#201;tat devrait activement promouvoir un certain nombre de changements l&#233;gaux et sociaux visant &#224; d&#233;velopper les pouvoirs et possibilit&#233;s qu'ont les femmes d'am&#233;nager au mieux leurs rapports &#224; ces pratiques : fournir aux femmes des possibilit&#233;s d'acc&#232;s &#224;, entre autres, l'&#233;ducation, l'emploi, la propri&#233;t&#233; &#8211; possibilit&#233;s qui pourraient donner aux femmes le pouvoir de repenser, modifier ou rejeter ces pratiques &#187; (p. 430).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;L'objectif est ici celui de tout f&#233;minisme : permettre aux femmes de devenir des sujets pleinement autonomes. La fin de l'article propose de repenser les crit&#232;res de l'autonomie, opposant une conception exigeante de l'autonomie issue de la pens&#233;e occidentale et lib&#233;rale (la v&#233;ritable libert&#233; ne consiste pas seulement &#224; avoir le choix, mais au fait que ce choix ne doit pas &#234;tre contraint), &#224; une conception plus large de l'autonomie qui devrait permettre de respecter les choix des Autres &#234;tres humains sans vouloir &#224; tout prix leur en imposer de nouveaux, m&#234;me si c'est pour leur &#171; bien &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne convient pas de consid&#233;rer les Autres femmes comme des prisonni&#232;res ou des dupes ; elles ont une r&#233;elle autonomie qui doit &#234;tre reconnue et qu'on ne saurait bafouer &#224; coup de lois ou de d&#233;crets tout aussi violents que la violence patriarcale qu'ils sont cens&#233;s combattre. Mais une fois cette autonomie reconnue, il ne faut pas oublier qu'elle repr&#233;sente un choix &#224; l'int&#233;rieur de contraintes, et que le but de tout f&#233;minisme est de r&#233;duire ces contraintes afin de consolider et d'&#233;largir l'autonomie de ces femmes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Je tiens &#224; remercier tr&#232;s chaleureusement Louis Rouill&#233; pour ses relectures, ses remarques et ses conseils &#224; la fois bienvenus et stimulants. Cet article lui doit beaucoup.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Manon Garcia est n&#233;e en 1985. Docteure en philosophie et sp&#233;cialiste de philosophie f&#233;ministe, elle a enseign&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
pendant deux ans &#224; Harvard et enseigne d&#233;sormais &#224; l'universit&#233; de Chicago. Elle a publi&#233; en 2018 &lt;i&gt;On ne na&#238;t pas soumise, on le devient&lt;/i&gt;, chez Climats, un d&#233;partement des &#233;ditions Flammarion.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En effet, depuis les ann&#233;es 1970, la philosophie f&#233;ministe est reconnue dans le monde anglo-saxon ; en attestent les&lt;br class='autobr' /&gt;
nombreuses publications, le fait que chaque d&#233;partement de philosophie de langue anglaise a au moins une ou un philosophe f&#233;ministe dans leur &#233;quipe, l'existence d'associations, le recensement des champs d'&#233;tudes dans diverses revues et encyclop&#233;dies, etc. Or, il n'en va pas de m&#234;me dans le monde francophone o&#249; le f&#233;minisme est souvent associ&#233; &#224; une forme de militantisme et fait, pour cela, l'objet d'un discr&#233;dit. La f&#233;ministe a mauvaise presse ; elle est per&#231;ue comme rev&#234;che, insatisfaite et tout enti&#232;re anim&#233;e par la passion du ressentiment. Comment d&#232;s lors envisager qu'elle puisse faire un usage de sa raison qui lui permette de philosopher ? On peut aussi constater cette r&#233;sistance fran&#231;aise &#224; consid&#233;rer le f&#233;minisme comme un objet d'&#233;tude digne d'int&#233;r&#234;t en observant la place (ou plut&#244;t l'absence de place) qui a longtemps &#233;t&#233; faite aux femmes dans la liste des auteurs au programme des classes de Terminales. Hannah Arendt vient tout juste d'&#234;tre rejointe par quelques autres, dont Simone de Beauvoir. Pourquoi avoir attendu si longtemps ? Il y a fort &#224; parier que, malgr&#233; cette officialisation tardive, beaucoup de coll&#232;gues continueront &#224; mobiliser les textes de Sartre plut&#244;t que ceux de Beauvoir. Contre cette force de l'habitude, on pourrait, par exemple, envisager que ces m&#234;mes coll&#232;gues cessent de pr&#233;senter syst&#233;matiquement aux &#233;l&#232;ves &lt;i&gt;L'existentialisme est un humanisme&lt;/i&gt;, texte que Sartre lui-m&#234;me a jug&#233; peu abouti, pour lui pr&#233;f&#233;rer &lt;i&gt;L'existentialisme et la sagesse des nations&lt;/i&gt; de Simone de Beauvoir, texte peu connu mais qui permet de penser les rapports entre morale et politique, la question de la justice, etc. Notons enfin que l'expression &#8220;philosophie f&#233;ministe&#8221; constitue, selon Manon Garcia, un apparent oxymore. Le f&#233;minisme serait intrins&#232;quement politique, fond&#233; sur des &#233;nonc&#233;s normatifs, alors que la philosophie devrait &#234;tre objective. Or, le f&#233;minisme produit aussi des &#233;nonc&#233;s descriptifs (descriptions des in&#233;galit&#233;s de fait entre les hommes et les femmes), ils sont m&#234;me ce par quoi il faut commencer. De plus, l'objectif de la philosophie n'est peut-&#234;tre pas uniquement de parler d'un point de vue universel et de parvenir &#224; des v&#233;rit&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;sincarn&#233;es. La r&#233;flexion f&#233;ministe s'empare justement de cette question du point de vue ; elle nous oblige &#224; prendre conscience des biais au moyen desquels nous faisons ou non de la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#234;me si le &lt;i&gt;Deuxi&#232;me sexe&lt;/i&gt; n'a pas &#233;t&#233; &#233;crit dans un but militant (Simone de Beauvoir ne se consid&#232;re pas comme f&#233;ministe quand elle &#233;crit ce livre), il rel&#232;ve toutefois d'une consid&#233;ration de la condition f&#233;minine ainsi que de la philosophie (existentialisme et ph&#233;nom&#233;nologie). Il s'agit donc bien d'un livre de philosophie f&#233;ministe. Lors de sa parution, l'ouvrage fait scandale. La France d'apr&#232;s guerre pratique une politique nataliste et les propos de Simone de Beauvoir sur la sexualit&#233; et sur l'avortement ne passent pas. Son texte est traduit en de nombreuses langues, mais l'accueil, &#224; l'&#233;tranger, n'est pas imm&#233;diatement enthousiaste. C'est &#224; l'occasion de la sortie des m&#233;moires de Simone de Beauvoir, en 1958, que le &lt;i&gt;Deuxi&#232;me sexe&lt;/i&gt; est red&#233;couvert. Elle re&#231;oit alors &#233;norm&#233;ment de lettres de femmes qui se reconnaissent dans les descriptions de &#8220;la femme mari&#233;e&#8221;, de &#8220;la m&#232;re&#8221;, de &#8220;l'amoureuse&#8221; ou de &#8220;la femme ind&#233;pendante&#8221; (deuxi&#232;me volume). A partir de l&#224;, Simone de Beauvoir commence &#224; se dire f&#233;ministe et son ouvrage conna&#238;t un retentissement de plus en plus fort aupr&#232;s des mouvements f&#233;ministes. Bon nombre de f&#233;ministes fran&#231;aises d&#233;fendent ce texte et le discutent ; je vous renvoie ici aux travaux de Mich&#232;le Le D&#339;uff, notamment &lt;i&gt;L'&#201;tude et le rouet. Des femmes, de la philosophie, etc.&lt;/i&gt; (1989) Mais vous pouvez aussi penser &#224; une actrice comme Delphine Seyrig dont l'engagement pour la cause f&#233;ministe fut notable. il y a donc bien une post&#233;rit&#233; fran&#231;aise du &lt;i&gt;Deuxi&#232;me sexe&lt;/i&gt;, mais la philosophie fran&#231;aise universitaire est rest&#233;e longtemps r&#233;fractaire &#224; cet objet qu'est la condition des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il suffit de penser au d&#233;veloppement des &lt;i&gt;gender studies&lt;/i&gt; qui se sont d'ailleurs en partie nourries d'une philosophie fran&#231;aise, d&#233;sign&#233;e sous le nom de &lt;i&gt;French Theory&lt;/i&gt;. Les &#233;tudes de genre ou &#233;tudes sur le genre forment un champ de recherche d&#233;velopp&#233; &#224; partir des ann&#233;es 1970 qui &#233;tudie les rapports sociaux entre les sexes et ce dans de nombreuses disciplines. Il faut noter que le concept de genre est directement li&#233; &#224; l'entreprise de d&#233;naturalisation du sexe que l'on trouve notamment chez Simone de Beauvoir (&#8220;On ne na&#238;t pas femme, on le devient&#8221;). La &lt;i&gt;French Theory&lt;/i&gt; d&#233;signe un corpus post-moderne de th&#233;ories philosophiques et sociales dont la notion centrale est celle de d&#233;construction. Ces textes ont nourri la r&#233;flexion des universitaires am&#233;ricain(e)s &#224; partir des ann&#233;es 1980. Parmi les penseurs fran&#231;ais dont les travaux sont ainsi associ&#233;s &#224; la &lt;i&gt;French Theory&lt;/i&gt;, on trouve Jacques Derrida, Gilles Deleuze,&lt;br class='autobr' /&gt;
F&#233;lix Guattari, Michel Foucault, Claude l&#233;vi-Strauss, Jacques Lacan, Roland Barthes, Simone de Beauvoir, Luce Irigaray, H&#233;l&#232;ne Cixous, etc. Sur ces questions, je vous renvoie au tr&#232;s &#233;clairant texte d'Elsa Dorlin, 2008, &lt;i&gt;Sexe, genre et sexualit&#233;s : introduction &#224; la th&#233;orie f&#233;ministe&lt;/i&gt;, PUF, coll. &#034;Philosophies&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mich&#232;le Le D&#339;uff est une philosophe f&#233;ministe fran&#231;aise n&#233;e en 1948. Elle a notamment analys&#233; les liens entre la tradition philosophique et la conception de la place des femmes dans la soci&#233;t&#233;. Elle a pass&#233; au crible la repr&#233;sentation des femmes dans les textes philosophiques et mis en &#233;vidence la contradiction entre les buts de la philosophie et le fait que les textes philosophiques soient rest&#233;s longtemps le lieu de pr&#233;jug&#233;s patriarcaux. Elle a publi&#233;&lt;i&gt; L'imaginaire philosophique&lt;/i&gt; (Payot, 1980), &lt;i&gt;L'Etude et le rouet. Des femmes, de la philosophie, etc&lt;/i&gt;., (Le Seuil, 1989), &lt;i&gt;Le sexe du savoir&lt;/i&gt; (Aubier, 1998).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sally Haslanger est une philosophe am&#233;ricaine n&#233;e en 1955 dont les travaux portent notamment sur la th&#233;orie f&#233;ministe et sur l'&#233;pist&#233;mologie. Elle a apport&#233; une contribution importante &#224; l'analyse de la construction sociale de cat&#233;gories souvent consid&#233;r&#233;es comme naturelles, en particulier la race et le sexe. Elle a publi&#233;, entre autres, &lt;i&gt; Theorizing Feminism : A Reader, Oxford University Press &lt;/i&gt;, 2005. Ses ouvrages ne sont malheureusement pas traduits en fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'id&#233;e que l'&#233;pist&#233;mologie puisse &#234;tre juste ou injuste peut surprendre car la connaissance appara&#238;t d'abord comme quelque chose d'objectif, &#224; l'abri des partis pris. L'&#233;pist&#233;mologie f&#233;ministe propose d'examiner l'&#233;pist&#233;mologie du point de vue des femmes, c'est-&#224;-dire d'un point de vue tr&#232;s largement ignor&#233; dans l'histoire des sciences. Elle s'int&#233;resse &#224; la fa&#231;on dont l'appartenance &#224; l'un ou l'autre sexe influence le concept de connaissance mais aussi les pratiques de recherche. Cette approche a permis de mettre au jour l'androcentrisme qui caract&#233;rise la pratique scientifique. Elle s'appuie notamment sur la th&#233;orie du point de vue selon laquelle les r&#233;sultats des recherches sont d&#233;termin&#233;s par le contexte de leur production. Il y a donc bien des biais sexistes dans la science.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette tentation propre &#224; la tradition philosophique occidentale est d&#233;nonc&#233;e par Sally Haslanger p. 211, &lt;i&gt;sq&lt;/i&gt;. : &#8220;Dans la tradition philosophique occidentale, la capacit&#233; &#224; raisonner est un &#233;l&#233;ment crucial des conceptions du sujet, et les id&#233;aux de rationalit&#233; constituent d'importants &#233;l&#233;ments dans les explications normatives de la connaissance et de la moralit&#233;. Il est &#233;galement clair que ces id&#233;aux de rationalit&#233; et de sujets rationnels ont &#233;t&#233; d&#233;finis par contraste avec ce que l'on tenait pour &#234;tre les traits et les capacit&#233;s caract&#233;ristiques des femmes : les femmes sont guid&#233;es par l'&#233;motion ou le sentiment plut&#244;t que par la raison ; les femmes sont plus intuitives et plus proches de la nature que les hommes, &lt;i&gt;et caetera&lt;/i&gt;. En outre, quiconque manifeste une tendance &#224; s'&#233;carter des id&#233;aux rationnels (ou en r&#233;alit&#233; quoi que ce soit qui fasse cela) est consid&#233;r&#233; comme f&#233;minin. (...) Cette id&#233;e que la rationalit&#233; est masculine est explicitement affirm&#233;e par certains philosophes, et cette hypoth&#232;se forme la toile de fond des conceptions occidentales communes de la diff&#233;rence de genre qui ont une influence profonde sur la vie quotidienne.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Descartes, &lt;i&gt;Discours de la m&#233;thode&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A ce propos, je vous invite &#224; lire l'ouvrage d'Anne Fausto-Sterling, &lt;i&gt;Corps en tous genres. La dualit&#233; des sexes &#224; l'&#233;preuve de la science&lt;/i&gt;, &#233;ditions La D&#233;couverte, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Catharine Mac Kinnon est une avocate, &#233;crivaine, juriste et f&#233;ministe am&#233;ricaine n&#233;e en 1946. Elle enseigne le droit et est &#224; l'origine de la d&#233;finition du harc&#232;lement sexuel dans la loi aux Etats-Unis. Elle a jou&#233; un r&#244;le majeur dans la reconnaissance en droit international du viol comme crime de guerre. Elle propose une critique radicale de la domination masculine et de l'organisation patriarcale en attaquant, notamment, la pornographie dont le but est l'objectification des femmes car ce support v&#233;hicule l'id&#233;e selon laquelle les rapports in&#233;gaux et la violence exerc&#233;e sur les femmes sont ce qui excite sexuellement les hommes ; dans ce contexte, les femmes sont per&#231;ues comme des objets pour la satisfaction des hommes. En fran&#231;ais, on peut lire son ouvrage intitul&#233; &lt;i&gt;Traite, prostitution, in&#233;galit&#233;&lt;/i&gt;, chez M. Editeur, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marilyn Frye est une philosophe et th&#233;oricienne f&#233;ministe am&#233;ricaine n&#233;e en 1941. Elle est connue pour ses th&#233;ories sur le sexisme, le racisme, l'oppression et la sexualit&#233;. Elle est l'auteure de &lt;i&gt;The Politics of Reality&lt;/i&gt; (1983), un recueil de neuf essais qui est devenu un classique de la philosophie f&#233;ministe. Ses ouvrages ne sont pas traduits en fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cela correspond &#224; ce qu'on appelle &#171; &lt;i&gt;consciousness raising&lt;/i&gt; &#187; : dans les ann&#233;es 1960, aux Etats-Unis, des groupes de parole ou de sensibilisation ont permis aux femmes d'&#233;lever leur conscience vers la r&#233;alit&#233; de l'oppression qu'elles subissaient en tant que femme. Cette &#233;l&#233;vation de la conscience individuelle jusqu'&#224; la situation commune constitue l'&#233;pine dorsale du mouvement de lib&#233;ration des femmes. En ce sens, le mouvement #MeToo ne fait que prolonger ce qui a &#233;t&#233; initi&#233; par ces groupes de parole, mais au moyen d'un outil qui amplifie la prise de conscience.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la force de l'habitude, on peut ici penser &#224; Pierre Bourdieu et &#224; l'id&#233;e de &#171; violence symbolique &#187; : &#171; La force symbolique est une forme de pouvoir qui s'exerce sur les corps directement et comme par magie, en dehors de toute contrainte physique ; mais cette magie n'op&#232;re qu'en s'appuyant sur les dispositions d&#233;pos&#233;es, tels des ressorts, au plus profond du corps. &#187;, &lt;i&gt;La Domination masculine&lt;/i&gt;, Le Seuil, 1998, p. 41. Il y a donc quelque chose comme une obscurit&#233; des dispositions de l'&lt;i&gt;habitus&lt;/i&gt; dans lesquelles s'enracinent les sch&#232;mes de perception, d'appr&#233;ciation et d'action des femmes. D'o&#249; l'importance de les rendre visibles. Sur ces questions on peut lire aussi &lt;i&gt;Les M&#233;ditations pascaliennes&lt;/i&gt;, Le seuil, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Uma Narayan est une universitaire f&#233;ministe indienne n&#233;e en 1958. Ses travaux la conduisent &#224; envisager la contextualisation historique d'un mod&#232;le culturel afin d'&#233;viter une forme d'essentialisme culturel v&#233;hicul&#233; par un f&#233;minisme radical qui pr&#233;tend que toutes les femmes du monde sont constitu&#233;es par les m&#234;mes pr&#233;occupations et int&#233;r&#234;ts. Elle a notamment publi&#233; &lt;i&gt;Cultures disloqu&#233;es : identit&#233;s, traditions et f&#233;minisme du tiers monde&lt;/i&gt;, Presse psychologique, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Relativiser le point de vue occidental revient &#224; montrer que la situation des femmes occidentales ne poss&#232;de pas une valeur absolue, que l'id&#233;al de libert&#233; et d'&#233;galit&#233; qui anime les combats f&#233;ministes occidentaux n'est peut-&#234;tre pas l'objet d'un m&#234;me d&#233;sir chez toutes les Autres femmes, ou du moins qu'elles ne l'envisagent pas selon les m&#234;mes modalit&#233;s. On peut vouloir &#234;tre libre de diff&#233;rentes fa&#231;ons ; il y a des degr&#233;s dans l'autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'un des enjeux majeurs d'une r&#233;flexion sur l'intersectionnalit&#233; est sans doute celui de la priorit&#233; des enjeux. Faut-il faire passer au premier plan la cause f&#233;ministe et d&#233;fendre toute femme, quoiqu'il en co&#251;te, quels que soient les moyens mobilis&#233;s (notamment l'intervention de l'Etat que d&#233;nonce ici Uma Narayan) au nom de la libert&#233; et de l'&#233;galit&#233; de tous les &#234;tres humains ? Ou faut-il respecter les diff&#233;rences culturelles au risque de tol&#233;rer des in&#233;galit&#233;s et privations de libert&#233;s pour les femmes de certaines cultures ? Pour ma part, j'aurais tendance &#224; encourager ce que j'appelle la voie douce, celle de la tol&#233;rance. Laissons aux femmes elles-m&#234;mes la possibilit&#233; de choisir ce qu'elles jugent le meilleur pour elles-m&#234;mes ; n'imposons pas, au nom d'un f&#233;minisme impatient, un mod&#232;le occidental &#224; toutes les femmes ; respectons la culture de chacune. Mais donnons-leur, dans le m&#234;me temps, les moyens de pouvoir envisager plusieurs possibilit&#233;s, &#233;largissons l'espace effectif de leur autonomie (et ce, notamment, gr&#226;ce &#224; l'&#233;ducation). Cette voie douce poss&#232;de malheureusement un d&#233;faut ; elle est aussi la voie la plus lente.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Certaines femmes qui se maquillent sont esclaves de la mode et de la publicit&#233; sans en avoir n&#233;cessairement conscience ; en cela on pourrait les imaginer prisonni&#232;res et dupes. Et l'on comprend qu'une telle condition n'apparaisse pas comme enviable aux yeux d'Uma Narayan : &#224; quoi bon troquer une absence de libert&#233; contre une autre ? Mais peut-&#234;tre y a-t-il d'autres fa&#231;ons d'&#234;tre femme en Occident, autres que celle qui nous commande d'&#234;tre belles, futiles, &#233;th&#233;r&#233;es ? De la m&#234;me fa&#231;on qu'il y a sans doute de multiples fa&#231;ons d'&#234;tre Indienne. En somme, nous avons des choses &#224; apprendre de ces femmes qui ne vivent pas comme nous, c'est pourquoi nous devons cesser d'adopter la posture de celles et de ceux qui savent.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Berger 1972 et Banksy 2010 : un cours en ligne sur l'art</title>
		<link>https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?article559</link>
		<guid isPermaLink="true">https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?article559</guid>
		<dc:date>2021-05-18T10:26:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Louis Rouill&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>Art</dc:subject>
		<dc:subject>Les expressions de la sensibilit&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un cours en ligne sur l'art, &#233;quivalent 4-6h de cours (TG et TT).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?rubrique67" rel="directory"&gt;Fiches de lecture&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;Art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Les expressions de la sensibilit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;John Berger est un essayiste, romancier, po&#232;te qui gagne encore &#224; &#234;tre connu. En 1972, sur la BBC two, une s&#233;rie documentaire de critique d'art r&#233;alis&#233;e et pr&#233;sent&#233;e par John Berger a fait date. Cette s&#233;rie documentaire a donn&#233; lieu &#224; une publication &#233;ponyme &lt;i&gt;Ways of seeing&lt;/i&gt;, traduite ensuite en &lt;i&gt;Voir le voir&lt;/i&gt;, r&#233;&#233;dit&#233;e plusieurs fois depuis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette s&#233;rie documentaire n'est pas traduite en fran&#231;ais et vous trouverez, dans le cours que je partage ci-dessous, deux des quatre &#233;pisodes sous-titr&#233;s par votre serviteur. L'int&#233;r&#234;t de ces &#171; essais t&#233;l&#233;vis&#233;s &#187; de Berger pour un cours de philosophie sur l'art me para&#238;t particuli&#232;rement saillant. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'abord, le premier &#233;pisode tout particuli&#232;rement est une adaptation, ou une interpr&#233;tation du fameux essai de Walter Benjamin &lt;i&gt;L'&#338;uvre d'art &#224; l'&#233;poque de sa reproduction m&#233;canis&#233;e&lt;/i&gt;, &#233;crit en 1936. Benjamin est un auteur au programme. John Berger permet d'acc&#233;der &#224; cet article tout &#224; fait fondamental de Benjamin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite, John Berger montre et commente des tableaux. Il est tout &#224; fait clair que beaucoup d'&#233;l&#232;ves de terminale n'ont pas une connaissance de l'histoire de l'art suffisante pour appr&#233;cier les diff&#233;rentes th&#232;ses d&#233;fendues par les philosophes de l'art. &lt;i&gt;Ways of seeing&lt;/i&gt; permet ainsi d'introduire &#224; l'histoire de l'art en voyant de nombreuses &#339;uvres tout &#224; fait classiques qui permettent de r&#233;fl&#233;chir sur la valeur de l'art.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par ailleurs, il ne s'agit pas d'un travail de critique d'art, mais c'est bien un travail de philosophie de l'art. En particulier (et c'est l'objet principal de l'&#233;pisode trois qui est sous-titr&#233;) John Berger d&#233;fend une th&#233;orie marxiste de l'histoire de l'art, suivant les traces de Benjamin, qui consiste &#224; prendre une perspective mat&#233;rialiste sur l'histoire de l'art o&#249;, naturellement, les innovations techniques contribuent &#224; expliquer les innovations esth&#233;tiques. Marx est un auteur du programme, comme Benjamin. Et on appr&#233;ciera les liens possibles entre l'art et d'autres notions, &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; Marx. La s&#233;rie de John Berger est ainsi tr&#232;s &#171; ann&#233;es 1970 &#187;, et on remarquera l'honn&#234;tet&#233; intellectuelle de son auteur qui permettra des critiques fructueuses de sa position.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Last but not least&lt;/i&gt;, cette s&#233;rie documentaire est &#224; l'origine d'un concept tr&#232;s actuel et tr&#232;s &#171; br&#251;lant &#187; que l'on pourra exploiter ou pas dans un cours sur l'art. En effet, le deuxi&#232;me &#233;pisode (que je n'ai pas encore eu le temps de sous-titrer) a inspir&#233; &#224; la th&#233;oricienne du cin&#233;ma Laura Mulvey la th&#233;orie du &#171; male gaze &#187; ou &#171; regard masculin &#187;. Ce concept est &#224; l'origine des multiples th&#233;ories f&#233;ministes de l'art qui ont &#224; leur tour fait fleurir les diff&#233;rentes th&#233;ories d&#233;coloniales de l'art, ces derni&#232;res th&#233;ories d&#233;frayant d&#233;sormais r&#233;guli&#232;rement la chronique dans le monde occidental gr&#226;ce &#224; des actions militantes spectaculaires et/ou provocantes. On pourra appr&#233;cier le fait que tous les arguments (ou presque) sont d&#233;j&#224; l&#224; en 1972, et qu'ils sont d&#233;velopp&#233;s avec un calme qui, je crois, aidera qui veut comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourra trouver ci-dessous un cours en ligne &#224; faire en autonomie, qui consiste en le visionnage des &#233;pisodes un et trois de la s&#233;rie documentaire de John Berger, accompagn&#233; de questions de compr&#233;hension &#224; rendre en DM. Je peux naturellement fournir un corrig&#233; pour qui le souhaite. Il est &#224; destination de terminales g&#233;n&#233;rales, bien que je l'ai aussi donn&#233; (pour moiti&#233;) &#224; des terminales technologiques.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_276 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;34&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://philosophie.ac-normandie.fr/IMG/html/berger.html' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='HTML - 10.5 kio' type=&#034;text/html&#034;&gt;&lt;img src='https://philosophie.ac-normandie.fr/local/cache-vignettes/L64xH64/html-25d7d.svg?1779473769' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-276 '&gt;&lt;strong&gt;La reproduction : tout un art...
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_272 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;60&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://philosophie.ac-normandie.fr/IMG/pdf/benjamin_walter_1936_-_l_oeuvre_d_art_a_l_epoque_de_sa_reproduction_mecanisee.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 122.8 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://philosophie.ac-normandie.fr/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1779444972' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-272 '&gt;&lt;strong&gt;Benjamin 1936 l'OA &#224; l'&#233;poque de sa reproduction m&#233;canis&#233;e
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Le second cours est bas&#233; sur le m&#234;me format : un film &#224; voir, accompagn&#233; de questions de compr&#233;hension (de la m&#234;me mani&#232;re, je r&#233;pondrai aux sollicitations de corrig&#233;). Il s'agit d'un film r&#233;alis&#233; par l'artiste de rue Banksy sorti en 2010 sous le titre fran&#231;ais &lt;i&gt;Faites le mur !&lt;/i&gt; L'int&#233;r&#234;t de ce film pour un cours sur l'art est, l&#224; aussi, assez &#233;vident. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'abord, sur la question de la d&#233;finition d'une &#339;uvre d'art, cela permet d'ouvrir l'esprit de certains &#233;l&#232;ves sur ce qui peut tomber sous l'extension de l'expression &#171; &#339;uvre d'art &#187;. Naturellement, les mod&#232;les classiques de la peinture &#224; l'huile et de la statuaire antique sont encore assez h&#233;g&#233;moniques dans l'imagination de certains &#233;l&#232;ves. La question de la d&#233;finition d'une &#339;uvre d'art apparaissant pour ce type d'&#233;l&#232;ve comme allant tout &#224; fait de soi, et non probl&#233;matique. Et, encore une fois, il faut un contact avec les &#339;uvres pour ressentir &#224; quel point le probl&#232;me de la d&#233;finition est difficile et central lorsque l'on r&#233;fl&#233;chit sur l'art. Ici, c'est par le &lt;i&gt;street art&lt;/i&gt; que l'on peut ais&#233;ment montrer que l'art n'est pas n&#233;cessairement o&#249; l'on pense qu'il est. Et finalement, montrer que l'art n'est jamais tr&#232;s longtemps o&#249; il est cens&#233; rester.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite, le film de Bansky est tr&#232;s int&#233;ressant dans la mesure o&#249; il a provoqu&#233; un d&#233;bat toujours ouvert sur la question de savoir si c'est r&#233;ellement le documentaire qu'il pr&#233;tend &#234;tre ou pas. Une simple recherche sur internet montrera les diff&#233;rentes positions sur cette question. Cela permet une r&#233;flexion &#171; m&#233;ta &#187; qui engage la r&#233;flexion philosophique et la possibilit&#233; de faire des arguments.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, l'un des points centraux du film concerne la question des liens entre march&#233; de l'art et cr&#233;ation artistique. La conclusion de ce film n'est pas une conclusion, mais une perplexit&#233; &#233;tonnante qui, pour ma part, ne cesse pas de m'interroger. L&#224; encore, les relations complexes entre valeur p&#233;cuniaire et valeur esth&#233;tique sont, je crois, un sujet tout &#224; fait central de la philosophie de l'art.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ajoute, sur la question de la d&#233;finition de l'&#339;uvre d'art, un texte de Nelson Goodman qui, tr&#232;s fameusement, donne des raisons de changer la question &#171; Qu'est-ce que l'art ? &#187; en &#171; Quand y a-t-il art ? &#187;. Goodman n'est pas encore dans la liste des auteurs du programme. Ma foi, j'imagine que les inspecteurs g&#233;n&#233;raux ne sont pas encore infaillibles. Benjamin dirait qu'il faut appr&#233;cier la perfectibilit&#233; en toute chose, car c'est la valeur esth&#233;tique contemporaine la plus fondamentale.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_275 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://philosophie.ac-normandie.fr/IMG/html/exit.html' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='HTML - 5.8 kio' type=&#034;text/html&#034;&gt;&lt;img src='https://philosophie.ac-normandie.fr/local/cache-vignettes/L64xH64/html-25d7d.svg?1779473769' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-275 '&gt;&lt;strong&gt;Un point de d&#233;pART
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_277 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;35&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://philosophie.ac-normandie.fr/IMG/pdf/goodman_1977_when_is_art.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 4 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://philosophie.ac-normandie.fr/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1779444972' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-277 '&gt;&lt;strong&gt;Goodman 1977 Quand y a-t-il art ?
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Alain Supiot 2014 Qu'est-ce qu'un r&#233;gime de travail r&#233;ellement humain ?</title>
		<link>https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?article553</link>
		<guid isPermaLink="true">https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?article553</guid>
		<dc:date>2021-04-07T16:43:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Louis Rouill&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>Justice</dc:subject>
		<dc:subject>Technique</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Humanit&#233;s, Litt&#233;rature et Philosophie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un cours d'Alain Supiot film&#233; donn&#233; dans le cadre du Cycle Pluridisciplinaire d'&#201;tudes sup&#233;rieures (CPES) sur le travail.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?rubrique67" rel="directory"&gt;Fiches de lecture&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?mot27" rel="tag"&gt;Justice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?mot40" rel="tag"&gt;Technique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://philosophie.ac-normandie.fr/spip.php?mot44" rel="tag"&gt;Humanit&#233;s, Litt&#233;rature et Philosophie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Alain Supiot est un juriste. Il a occup&#233; &lt;a href=&#034;https://www.college-de-france.fr/site/alain-supiot/index.htm#content&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une chaire&lt;/a&gt; au Coll&#232;ge de France pendant sept ans. Il est aussi fondateur de l'&lt;a href=&#034;https://www.iea-nantes.fr/fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;institut d'&#233;tudes avanc&#233;es de Nantes&lt;/a&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Soit dit en passant : ces deux sites sont des mines &#224; exploiter : il y a une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il s'est notamment rendu tr&#232;s c&#233;l&#232;bre par son livre &lt;a href=&#034;https://www.fayard.fr/sciences-humaines/la-gouvernance-par-les-nombres-9782213681092&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Gouvernance par les nombres&lt;/a&gt; qui est tir&#233; de ses premi&#232;res ann&#233;es de cours au Coll&#232;ge de France. Il en parle lui-m&#234;me tr&#232;s bien et de mani&#232;re tr&#232;s accessible &#224; &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=q72RTYDtkY8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;de nombreux endroits&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose qui m'a beaucoup int&#233;ress&#233;e dans son travail est l'analyse qu'il fait des cons&#233;quences de la &#171; r&#233;volution num&#233;rique &#187; sur les professions intellectuelles sup&#233;rieures. En particulier, son analyse permet de comprendre comment et pourquoi l'espace de libert&#233; qu'&#233;tait l'universit&#233; en France s'est referm&#233; dans les ann&#233;es pass&#233;es. La fermeture de cet espace est, je crois, la cause profonde du mal-&#234;tre g&#233;n&#233;ralis&#233; parmi les jeunes (et pas que) chercheur.euses. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a l&#224; deux attitudes que nous pouvons prendre, nous, profs de philo du secondaire. Nous pouvons nous r&#233;jouir de ne pas subir de plein fouet la transformation en cours de l'universit&#233;, &#233;ventuellement en adressant nos v&#339;ux les plus sinc&#232;res pour nos coll&#232;gues du sup&#233;rieurs qui perdent le sens de leur m&#233;tier. Nous pouvons aussi consid&#233;rer que l'universit&#233; est &#224; l'avant garde d'une transformation qui arrivera &#224; l'&#233;cole ensuite et penser que les m&#234;mes m&#233;canismes viendront bouleverser le m&#233;tier d'enseignant bient&#244;t (si ce n'est d&#233;j&#224; fait).&lt;br class='autobr' /&gt;
Patrick Boucheron a fait &lt;a href=&#034;https://www.college-de-france.fr/site/patrick-boucheron/course-2017-01-10-11h00.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;quelque part&lt;/a&gt; cette boutade qui consiste &#224; remarquer que l'Italie joue ce r&#244;le d'avant-garde dans l'exp&#233;rimentation de nouvelles formes politiques (&#034;Apr&#232;s tout, je suis un historien du laboratoire italien, et donc je fais profession de croire en mati&#232;re d'histoire des pouvoirs que l'Italie invente souvent un peu en avance ce qui va s'imposer partout ailleurs.&#034;). Il avance ainsi l'id&#233;e d'un lien construit entre &#171; une politique de la laideur et une politique du faux &#187;, proposant une diapositive assez formidable o&#249; l'on retrouve son tyran d'&#233;tude &#224; c&#244;t&#233; d'autres plus connus du grand public :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_270 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;88&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://philosophie.ac-normandie.fr/IMG/png/screenshot_from_2021-05-04_21-23-36.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034; data-photo=&#034;https://philosophie.ac-normandie.fr/IMG/png/screenshot_from_2021-05-04_21-23-36.png&#034; data-photo-w=&#034;1366&#034; data-photo-h=&#034;768&#034; &gt; &lt;img src='https://philosophie.ac-normandie.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/screenshot_from_2021-05-04_21-23-36-3c2b0.png?1779584316' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-270 '&gt;&lt;strong&gt;Patrick Boucheron &#8212; &#171; politique de la laideur et politique du faux &#187;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me fa&#231;on que Berlusconi pr&#233;disait Trump, sans doute peut-on avancer que ce qui arrive actuellement &#224; l'universit&#233; pr&#233;dit ce qui arrivera dans l'&#233;ducation nationale. On pr&#233;voit ainsi le pire en satisfaisant notre d&#233;sir naturel de comprendre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain Supiot a donn&#233; un cours en 2014 au &lt;a href=&#034;https://cpes.psl.eu/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;CPES&lt;/a&gt;, c'est-&#224;-dire devant des jeunes fra&#238;chement sortis du lyc&#233;e.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Cycle Pluridisciplinaire d'&#201;tudes Sup&#233;rieures est une formation post-bac (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'est une conf&#233;rence qui est donc tr&#232;s accessible (pour des &#233;l&#232;ves de s&#233;rie g&#233;n&#233;rale aussi) et une porte d'entr&#233;e formidable dans le travail d&#233;capant d'Alain Supiot. Le titre de ce cours est &#171; Qu'est-ce qu'un r&#233;gime de travail r&#233;ellement humain ? &#187;. Alain Supiot se demande comment il faut interpr&#233;ter l'expression &#171; r&#233;gime de travail r&#233;ellement humain &#187; qui est apparue dans le pr&#233;ambule de la &lt;a href=&#034;http://www.ilo.ch/dyn/normlex/fr/f?p=1000:62:0::NO:62:P62_LIST_ENTRIE_ID:2453907:NO&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;constitution de l'OIT&lt;/a&gt; de 1919, un document juridique, donc. Ce n'est pourtant pas un expos&#233; de juriste &#224; proprement parler car c'est bien la r&#233;flexion philosophique qu'il y a derri&#232;re cette expression (et l'espace logique des interpr&#233;tations possibles) qui int&#233;resse Alain Supiot. Ce cours est donc &#224; r&#233;utiliser sans mod&#233;ration en classe de philosophie, quand on souhaitera aborder le travail.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe src=&#034;https://podeduc.apps.education.fr/video/60058-alain-supiot-2014-regime-de-travail-reellement-humain/?is_iframe=true&#034; width=&#034;640&#034; height=&#034;360&#034; style=&#034;padding: 0; margin: 0; border:0&#034; allowfullscreen title=&#034;Alain Supiot 2014 &#034;R&#233;gime de travail r&#233;ellement humain&#034;&#034; &gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Pour aller plus loin, mais dans le m&#234;me sens, avec un expos&#233; plus &#171; acad&#233;mique &#187;, je vous propose de visionner la le&#231;on qu'a donn&#233;e Alain Supiot au &lt;a href=&#034;https://www.academieroyale.be/fr/le-college-belgique-lecons/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Coll&#232;ge Belgique&lt;/a&gt; en 2020. Cet expos&#233; s'intitule &#171; Il n'est pas de paix durable sans justice sociale &#187;, qui est encore une autre phrase extraite du pr&#233;ambule de la constitution de l'OIT. Le contenu de cette conf&#233;rence est tr&#232;s proche du cours pr&#233;c&#233;dent. Il aura l'avantage de faire explicitement le lien entre le travail et la justice. Alain Supiot est en effet un sp&#233;cialiste du droit du travail.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe src=&#034;https://podeduc.apps.education.fr/video/60054-alain-supiot-2020-paix-durable-et-justice-sociale/?is_iframe=true&#034; width=&#034;640&#034; height=&#034;360&#034; style=&#034;padding: 0; margin: 0; border:0&#034; allowfullscreen title=&#034;Alain Supiot 2020 Paix durable et justice sociale&#034; &gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Voici le fameux pr&#233;ambule qui inspire tant Alain Supiot :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
Attendu qu'une paix universelle et durable ne peut &#234;tre fond&#233;e que sur la base de la justice sociale ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attendu qu'il existe des conditions de travail impliquant pour un grand nombre de personnes l'injustice, la mis&#232;re et les privations, ce qui engendre un tel m&#233;contentement que la paix et l'harmonie universelles sont mises en danger, et attendu qu'il est urgent d'am&#233;liorer ces conditions : par exemple, en ce qui concerne la r&#233;glementation des heures de travail, la fixation d'une dur&#233;e maximum de la journ&#233;e et de la semaine de travail, le recrutement de la main-d'oeuvre, la lutte contre le ch&#244;mage, la garantie d'un salaire assurant des conditions d'existence convenables, la protection des travailleurs contre les maladies g&#233;n&#233;rales ou professionnelles et les accidents r&#233;sultant du travail, la protection des enfants, des adolescents et des femmes, les pensions de vieillesse et d'invalidit&#233;, la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts des travailleurs occup&#233;s &#224; l'&#233;tranger, l'affirmation du principe &#171; &#224; travail &#233;gal, salaire &#233;gal &#187;, l'affirmation du principe de la libert&#233; syndicale, l'organisation de l'enseignement professionnel et technique et autres mesures analogues ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attendu que la non-adoption par une nation quelconque d'un r&#233;gime de travail r&#233;ellement humain fait obstacle aux efforts des autres nations d&#233;sireuses d'am&#233;liorer le sort des travailleurs dans leurs propres pays ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Hautes Parties Contractantes, mues par des sentiments de justice et d'humanit&#233; aussi bien que par le d&#233;sir d'assurer une paix mondiale durable, et en vue d'atteindre les buts &#233;nonc&#233;s dans ce pr&#233;ambule, approuvent la pr&#233;sente Constitution de l'Organisation Internationale du Travail :&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Soit dit en passant : ces deux sites sont des mines &#224; exploiter : il y a une quantit&#233; impressionnante de conf&#233;rences film&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Cycle Pluridisciplinaire d'&#201;tudes Sup&#233;rieures est une formation post-bac relativement nouvelle qui avait pour ambition de conjuguer le &#171; &lt;a href=&#034;https://cpes.psl.eu/wp-content/uploads/2019/04/Universit%c3%a9-PSL_CPES_Slides-Pr%c3%a9sentation-CPES-2019-vf.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;meilleur de la CPGE et de l'universit&#233;&lt;/a&gt; &#187;, dans une vis&#233;e &#233;litiste revendiqu&#233;e. Cette formation n'est pas tr&#232;s connue des &#171; provinciaux &#187;. Je signale cela pour celles et ceux qui sont int&#233;ress&#233;.es par l'orientation post-bac.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



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