CR Formation 2024 Enseigner en séries technologiques - Philosophie - Espace pédagogique académique

CR Formation 2024 Enseigner en séries technologiques

, par Frédéric Blondeau - Format PDF Enregistrer au format PDF

Le Groupe de Travail du 28 mars (GT28M) a conclu sa rencontre par un certain nombre de décisions.

 Résumé

Modalité de construction de l’objet : après avoir soi-même vécu la démarche du « texte à trous avec questions », en position d’élève, les membres du groupe ont réalisé plusieurs textes à trous, après échanges et commentaires, comme bases d’une expérimentation en classe. À ce titre, le moment le plus fécond du stage a sans doute été ce moment de prise en main collective de la proposition, et de son enrichissement.

La décision principale a été de tester en classe une certaine démarche d’apprentissage de l’explication de texte : le « texte à trous avec questions » (2TQ) afin de l’évaluer en journée 2, sur la base des expériences et des travaux d’élèves.

Une question reste en suspens : n’a pas été clairement définie la place et la fonction d’une proposition parallèle : celle visant à exercer davantage les compétences formelles pour structurer un texte (tableaux de distinction, classement, coordination, codes couleurs pour les fonctions argumentatives). Chaque enseignant présentera alors son choix d’organisation quant à la combinaison éventuelle de ces propositions en journée 2.

 Remarques préalables sur le « texte à trous »

Grandeur ou misère du « texte à trous » ? L’intervenant a présenté au GT28M cette façon de travailler en classe, qui, sous l’apparence d’une chose anodine (et très insuffisante s’il s’agissait d’en rabattre par là sur l’exigence de l’écriture de phrases), est un dispositif de recherche qui révèle de fortes capacités d’apprentissage, pourvu qu’il soit bien réfléchi. Le texte à trous peut bien être un moment ludique – dans le registre de l’énigmatique - mais aucunement démagogique ; il exige une attention très soutenue au sens au texte, et implique que ce dernier soit lu de nombreuses fois, et précisément discuté. Il est une entrée dans la quête d’un sens et amorce d’une future réponse rédigée.

Modifier la posture enseignante ? Le 2TQ présenté peut certes bousculer quelques habitudes : que les élèves travaillent entre pairs (ici par binôme), que l’enseignant soit silencieux et s’interdise d’aider pour ne rien abréger de la recherche, qu’il doive s’approcher des élèves et parfois s’agiter entre les tables pour dire un seul chiffre… ce n’est pas habituel. Mais tout cela se fait très facilement, tant le gain, en terme de calme, de mise au travail des élèves, de possibilité de contacts individuels, est important.

Un moment chronophage ou propulseur ? Toutes les démarche d’apprentissage dans lesquelles on accorde de l’attention et du temps à l’activité des élèves, est évidemment « chronophage », si on la mesure à un programme plus rapidement « traité » par un cours magistral (plus ou moins « dialogué »). Le parti pris est ici inverse : rien ne passera durablement comme une appropriation des connaissances et des compétences philosophiques si la pratique de la philosophie n’existe pas, ou si elle est simplement abandonnée aux évaluations solitaires. Plutôt que de rechercher à être exhaustif et extensif, il faut penser l’intensif ; le temps apparemment perdu est largement compensé par l’acte de concentration, et de mise en disposition. Chronophage mais propulseur donc.

 Activité vécue en présentiel par le GT28M

Entrer dans un texte philosophique sous un mode énigmatique :

Consigne : « retrouvez tous les mots manquants, ou des synonymes », sur la base du postulat que ce texte est logiquement cohérent.

TEXTE / Spinoza, Traité théologico-politique :

« Si les hommes avaient le pouvoir d’organiser les circonstances de leur vie au gré de leurs intentions, ou si le hasard leur était toujours favorable, ils ne seraient pas en proie à la ……………….... Mais on les voit souvent acculés à une situation si difficile, qu’ils ne savent plus quelle résolution prendre ; en outre, comme leur désir immodéré des faveurs capricieuses du sort les ballote misérablement entre l’……….. et la ……………., ils sont en général très enclins à la crédulité. Lorsqu’ils se trouvent dans le ……………., surtout concernant l’issue d’un événement qui leur tient à cœur, la moindre impulsion les entraîne tantôt d’un côté, tantôt de l’autre ; en revanche, dès qu’ils se sentent sûrs d’eux-mêmes, ils sont vantards et gonflés de vanité. Ces aspects de la conduite humaine sont, je crois, fort connus, bien que la plupart des hommes ne se les appliquent pas. En effet, pour peu qu’on ait la moindre expérience de ceux-ci, on a observé, qu’en période de prospérité, les plus incapables débordent communément de sagesse, au point qu’on leur ferait injure en leur proposant un avis. Mais la situation devient-elle difficile ? Tout change : ils ne savent plus à qui s’en remettre, supplient le premier venu de les conseiller, tout prêts à suivre la suggestion la plus déplacée, la plus absurde ou la plus illusoire ! D’autre part, d’infimes motifs suffisent à réveiller en eux soit l’espoir, soit la crainte. Si, par exemple, pendant que la frayeur les domine, un incident quelconque leur rappelle un bon ou mauvais souvenir, ils y voient le signe d’une issue heureuse ou malheureuse ; pour cette raison, et bien que l’………………….. leur en ait donné cent fois le démenti, ils parlent d’un présage soit heureux soit funeste. Enfin, si un spectacle insolite les frappe d’étonnement, ils croient être témoins d’un prodige manifestant la colère ou des Dieux, ou de la souveraineté Déité ; dès lors, à leurs yeux d’hommes superstitieux (...) ils seraient perdus s’ils ne conjuraient le destin par des sacrifices et des vœux solennels. Ayant forgé ainsi d’innombrables fictions, ils interprètent la nature en termes extravagants, comme si elle délirait avec eux. Dans ces conditions, les plus ardents à épouser tout espèce de superstition ne peuvent manquer d’être ceux qui désirent le plus immodérément les biens extérieurs. Principalement du fait qu’en présence d’un danger, ils sont incapables de prendre eux-mêmes d’utiles décisions ; ils implorent le secours divin, à force de prières et de larmes dignes de femmes, ils déclarent la raison aveugle (puisqu’elle ne saurait leur apprendre un moyen assuré d’obtenir les prétendus biens auxquels ils aspirent) et la sagesse humaine sans fondement. Au contraire, ils prennent les délires de l’imagination, les songes et n’importe quelle puérile sottise pour des réponses divines. A les en croire, Dieu se détournerait des sages ; ce ne serait pas dans les esprits de hommes, mais dans les entrailles des animaux domestiques qu’il aurait inscrit ses volontés ; ou encore, ce seraient les idiots, les fous, les oiseaux qui, d’une inspiration, d’un instinct divins, seraient en mesure de nous les faire connaître. Voilà à quel excès de démence la frayeur peut porter les hommes ! La ………. serait donc la cause qui engendre, entretient et alimente la …………….... […]

Auteur : SPINOZA, TTP.

Réponses : superstition / espoir / crainte / doute /expérience / crainte / superstition.
(…) Énigme du « enlevé » : « d’hommes superstitieux et et irréligieux ».

 Explication des modalités de la démarche du « texte à trous » (2h)

Le texte à trous doit être suivi d’un moment d’écriture syntaxique ; il est conçu comme une préparation à l’explication écrite, comme une entrée dans le texte, d’un parcours, avant la restitution rédigée. Le principe dont il s’agit de se pénétrer est la cohérence a priori du texte. Les mots à enlever/trouver doivent donc être reliés logiquement.

Il s’agit alors d’entrer dans une recherche, et qui plus est une recherche entre pairs ; les mots à trouver ne sont bien sûr pas donnés en bas de page (à l’inverse du QCM) et l’enseignant s’abstiendra de toute aide pendant que les binômes travaillent. L’enseignant doit renvoyer au texte, seul « juge de paix » des propositions.

Une réflexion mûrie sur le choix des mots enlevés est essentielle ; il s’agit non seulement d’enlever des mots qui structurent logiquement le texte, de telle sorte qu’il soient déduits à partir des seuls indices disponibles sur la base d’un présupposé de cohérence, mais ils doivent également être au cœur des « questions sur le texte » qui vont suivre.

Remarque : Il est possible de moduler le choix des mots en fonction des compétences à acquérir ; les concepts principaux de la thèse bien sûr, mais aussi les connecteurs, ou encore la production d’analogies, l’invention d’un exemple, etc.

 Suggestions de notation

Le texte à trous ne doit pas être excessivement valorisé, par rapport à l’objectif final de la rédaction écrite ; mais il est bon que chaque binôme puisse finir au moins la partie 1, pour repartir en séance 2 sur la suite, et aussi sans doute pour éviter une stigmatisation devant la classe. Je suggère donc de parier avec les élèves que tous les binômes qui travaillent auront 20/20 (coef 0.25, ou 0.5), en note « facultatif bonus » (fonctionnalité de Pronote qui fait que la note ne comptera dans la moyenne que si elle est supérieure à la moyenne des notes obligatoires), ce qui signifie que l’échec n’est pas compté.

L’idéal de cette démarche est que les trous soient trouvés en 30mn, et qu’il reste 20mn pour rédiger la question suivante. Mais tout dépend du temps disponible : 1h ou 2h ? L’enseignant peut choisir d’arrêter la partie 1 en donnant les bonnes réponses pour passer à l’étape 2, ou aider par des indices ceux qui ne trouvent pas, ou encore laisser le binôme aller à son rythme au bout des trous, et repartir de ce travail pour passer à l’étape 2 la séance suivante (pendant laquelle l’enseignant pourrait se rapprocher des groupes plus lents).

 Déroulé

PARTIE 1 / « Texte à trous » / Amorce : entrer dans le texte.

L’enseignant enlève X mots d’un texte / (ex : si 7 mots, 3 points par mots = 21/20).
Consigne aux élèves : « retrouvez tous les mots manquants, ou des synonymes » (sur la base du postulat que ce texte est logiquement cohérent).

Les élèves sont installés en binôme, chaque binôme doit n’appeler l’enseignant qu’une fois qu’il a tous les mots demandés.

L’enseignant donne alors le chiffre de bonnes réponses, sans autre commentaire. Par exemple : « 3 », sous-entendu : 3 bonnes réponses. Il peut toutefois moduler : « 3, 5 » en ajoutant alors une justification formelle ; trop approximatif, ambigu, anachronique…

Le binôme retourne à sa recherche jusqu’à l’obtention de la totalité des mots ; l’enseignant doit choisir les textes et les difficultés afin que les meilleurs binômes puissent trouver les réponses en 30mn ; viser en outre le 20/20 pour tous les élèves avant la fin de l’heure.

Les écarts de vitesse entre élèves sont parfois très importants ; l’enseignant doit ainsi différencier sa pédagogie ; à tous les binômes qui ont trouvé les mots, il leur donnera les consignes d’une étape suivante.

PARTIE 2 : « Questions sur le texte à trous »

Il s’agit là désormais de passer à la rédaction ; plusieurs options sont envisageables : aller directement aux exigences du bac (« Éléments de synthèse » : thèse/plan/pb), ou poser une question à nouveau énigmatique, invitant à une lecture « sous l’angle de ».

Question 1 :

Répondez par écrit à la question : « ce texte de Spinoza est-il une critique de la religion ? »
Rédigez et justifiez vote réponse.

Explication : question énigmatique parce que le mot « religion » n’apparait pas dans le texte ; et pourtant ce dont parle Spinoza ressemble, au moins en partie, à ce que nous nommons volontiers « religion ». L’élève doit alors s’interroger ; l’auteur critique bien quelque chose qui ressemble à la religion, mais...

Question 2 :

Deux formulations possibles :

a) « Vous vous demanderez pourquoi l’enseignant a préféré supprimer deux mots du texte avant de le donner aux élèves en Q.3 : ces mot sont « et irréligieux ».

Remarque : cette première formulation est peut-être trop difficile à saisir ; elle invite à un déplacement singulier ; difficile, mais intéressant.

b) « Rédigez : Qu’est-ce donc ce que l’auteur entend par « un être religieux » » ?

Explication : laisser en première lecture les mots « et irréligieux » était une option, mais pour de très bons élèves uniquement, et sur un temps plus long, tant ces deux mots cultivent le paradoxe. L’ôter permettait de mieux cibler la « superstition ». La réapparition de « et irréligieux », une fois posée la thèse du texte, vient exhiber alors tout l’enjeu implicite : la religion contre la superstition, mais quelle religion alors ? Qui est donc religieux ?

Validation des parties 1 et 2 :

La recherche s’arrête 5mn avant la fin de la séance, ou au moment où tous les groupes sont à 20/20 ; l’enseignant lit alors sensiblement le texte plein dans le plus grand silence, délivrant ainsi les réponses. Il en profite pour exposer parallèlement au tableau le plan du texte, et sa thèse visible, mais de façon encore formelle et plate comme un corrigé, en laissant ouvert pour la prochaine séance la production du problème et de l’enjeu.

Le début de la séance prochaine pourra commencer par un rappel de la thèse et du plan. Tous les élèves passent alors à question 1 et/ou 2 selon la progression précédente. Les binômes discutent de la réponse (10mn), puissent passent au mode individuel de l’écriture (20mn).

L’enseignant doit arrêter l’écriture pour faire le point, et instituer dans le cahier une trace écrite. Il procèdera alors selon les attentes des « Éléments de synthèse » de l’examen.

 Atelier : Construire un texte à trous

Le Groupe de Travail (GT) présent le 28 mars s’est appliqué à « prendre en main » cette proposition, en tentant de construire collectivement un texte à trous à partir d’un texte de J. S. Mill. Il s’agissait de trouer d’abord individuellement ce texte, puis d’échanger autour de nos choix. Ce moment d’échange fut très fructueux et éclairant ; il montra à quel point le choix des mots enlevés est lourd de conséquences.

En gras : exemples de mots à retirer du texte.

« Les forces réunies du genre humain tout entier ne pourraient pas créer une nouvelle propriété de la matière en général, non plus que de l’un de ses corps. Tout ce que nous pouvons faire, c’est de tirer parti pour nos fins des propriétés que nous découvrons. Un navire flotte sur les eaux en vertu des mêmes lois de pesanteur spécifique et d’équilibre qu’un arbre déraciné par les vents et précipité dans l’eau. Le blé que l’homme produit pour s’en nourrir, pousse et forme son grain en vertu des mêmes lois de végétation qui font porter à la rose sauvage et au fraisier des montagnes leurs fleurs et leurs fruits. Une maison se tient debout et fait corps en vertu des propriétés naturelles, du poids et de la cohésion des matériaux qui la composent. Une machine à vapeur produit des effets par la force expansive naturelle de la vapeur, qui exerce une pression sur un point d’un mécanisme approprié, pression qui, en vertu des propriétés mécaniques du levier, se transmet de ce point à un autre où elle élève un poids ou écarte un obstacle qu’on a mis en contact avec elle. Dans ce cas comme dans toutes les autres opérations artificielles, le rôle de l’homme, ainsi qu’on l’a souvent remarqué, demeure renfermé dans d’étroites limites ; il se borne à changer les choses d’une place à une autre place donnée. Nous mettons un objet en mouvement, et par là nous plaçons certaines choses en contact, qui étaient séparées auparavant, ou nous en séparons d’autres qui étaient en contact ; et par ce simple changement de lieu, des forces naturelles, auparavant en sommeil, entrent en jeu et produisent l’effet voulu. Bien plus, la volonté qui décide d’un projet, l’intelligence qui en combine le plan, et la force musculaire qui l’exécute, tous ces mouvements sont eux-mêmes des forces de la nature. »

MILL, Trois essais sur la religion, 1874.

QUESTIONS :

A. Éléments d’analyse

1. Comment les quatre exemples (le navire, le blé, la maison, la machine à vapeur) permettent- ils de comprendre les rapports entre les « opérations artificielles » de l’homme et la nature ?

2. Pourquoi « les forces réunies du genre humain tout entier ne pourraient-elles pas créer une nouvelle propriété de la matière » ?

3. Comment comprendre que « la volonté », « l’intelligence » et la « force musculaire » soient elles-mêmes des « forces de la nature » ?

B. Éléments de synthèse

1. Quelle est la question à laquelle l’auteur tente de répondre ?

2. Quelles sont les principales étapes du raisonnement dans ce texte ?

3. En vous appuyant sur les éléments précédents, dégagez l’idée principale du texte.

C. Commentaire

1. En quel sens, d’après le texte, peut-on dire que « l’homme est renfermé dans d’étroites limites » ?

2. Comment comprendre, à partir de ce texte, la place de l’homme dans la nature ?

 Bilan de l’atelier

Les mots en gras furent tous les mot proposés ; ils sont là soulignés « en vrac », comme une somme ; mais chaque combinaison avait bien entendu sa logique.
L’échange qui suivit l’exposé de nos propositions fut un vrai moment formateur, dans le sens où il nous a fait voir et comprendre la réflexivité requise pour décider des mots à enlever. De nombreuses propositions furent entendues, parfois rejetées après discussion, d’autres approuvées et commentées.
Il nous est apparu qu’il était possible de fixer la recherche sur différentes compétences, qu’il fallait toutefois bien identifier et justifier ; qu’elle pouvait porter ou bien sur les concepts principaux, sur des distinctions annexes, sur la coordination logique, ou encore sur les exemples et les analogies. Il reste toutefois nécessaire que les mots soient trouvables par les seuls indices du texte.
Enfin, il est nécessaire de ne pas surcharger le nombre de mots à trouver. 7 mots semblent le maximum pour un séance de 1h.

Compte-rendu rédigé par Jean-Charles Royer. Formation animée par Frédéric Chanu et Jean-Charles Royer.

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